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30/10/2008

"L'argent-dette" : décryptage d'une manipulation de masse, mais laquelle ?


Cori, Delaigue, Gunthert, dissèquent "l'argent... par asi

A qui se fier pour comprendre la crise financière et économique ? Deux semaines après sa première émission consacrée à la crise, @si revient sur la question. La télévision, les journaux et la radio sont-ils simplificateurs ? Mais peut-on se fier à ce qu'on trouve sur internet, et notamment les vidéos qui "buzzent" ?

Pour tenter de répondre à ces questions, Nicolas Cori, journaliste économique à Libération et auteur du blog "Les cordons de la bourse", Alexandre Delaigue, professeur d'économie à Saint Cyr et animateur du blog "Econoclaste", et André Gunthert, chercheur en histoire visuelle, sont sur le plateau d'@si. Avec eux, la chroniqueuse Judith Bernard et la journaliste Justine Brabant.

Si vous n'avez pas encore vu ce drôle d'objet médiatique, munissez-vous de 52 minutes et cliquez sur "lecture" :

Cette version de Money as debt est une adaptation française du film original de Paul Grignon, réalisée par Bankster.tv, site qui souhaite le "droit régalien à la création monétaire" pour le "peuple souverain".

 

Commentaires

http://vimeo.com/2095828

Voila un résumé de ce que vous appelez une émission.

Écrit par : bankster.tv | 31/10/2008

Hello,
Ce que je pense c'est que le film "l'argent dette" resume bien l'aspect "creation de l'argent" mais n'explique pas la crise. L'emission @si souligne tres bievement la mecanique de suppression d'argent. Pour ma part je suis persuade que nous venons de vivre un episode de suppression massive d'argent qui va bien au dela de l'annulation dans les comptes des banques des titres emis sur les prets immobiliers non rembourses au USA. En effet quel en est le montant? Pour mesurer ce mecanisme de suppression d'argent il faudrait pouvoir comparer ce montant au montant desinvesti par les banques sur les marches boursiers. Par exemple, le montant des actifs boursiers desinvestis des 14 principales banques europeenne a ete de 530 milliard d'euros entre le 29/06/2007 et le 20/10/2008.
Source : Bloomberg a votre disposition par mail à robert.geus@wanadoo.fr
Mais à l'echelle mondiale, combien? 4 fois plus? 10 fois plus? Pourquoi?
Pas etonnant que les bourses se soient effondrees en parallele.
En tout cas, le resultat est que les banques ont fait disparaitre une enorme masse d'argent qui appartenait a leurs clients, puis elles ont reussi a convaincre les politiques qu'il fallait re-creer cette masse . Un Hold Up planetaire. Nous en faisons les frais (un peu). Qui en fait vraiment les frais? Les travailleurs americains via les fonds d'investissement qui gerent leurs capitaux-retraite, les magnats du petrole? Les nouveaux riches de l'Est, d'Inde ou de Chine?
A qui cela profite-t-il? Aux Democrates americains qui peuvent prouver que le pouvoir Republicain a mene le pays au bord de la faillite? Aux banquiers (les sommes distribuees aux dirigeants des banques americaines en faillite seraient estimees à 10 milliards de dollars).
La braderie a-t-elle ete organisee? Par Qui? Pourquoi?

Sante, Bonheur, Robert

Écrit par : Robert GEUS | 31/10/2008

Dans le cadre de l'émission, Cori et Gunthert étaient invités parce qu'ils l'avaient évoquée sur leurs blogs respectifs; en fait, il y avait deux questions portant sur cette vidéo. Premièrement, la question de la validité de son contenu : donne-t-elle une vision juste et intéressante du système et des phénomènes monétaires, ou n'est-elle qu'un objet complotiste, faux et manipulateur? La seconde question était celle de sa capacité "virale" : pourquoi cette vidéo a-t-elle un tel succès, et que nous apprend-elle sur les attentes des gens?

Sur le premier point, le contenu informatif de cette vidéo est assez pauvre. La seule chose que l'on y "découvre", c'est le mécanisme de création monétaire par le crédit, le fait que les banques ne prêtent pas un argent qu'elles "ont dans leur coffre" mais créent par le crédit de la monnaie scripturale. ce mécanisme est présenté comme extraordinaire et dissimulé, ce qui est un peu paradoxal dans la mesure ou il n'est pas difficile à découvrir : il se trouve expliqué dans n'importe quel manuel d'économie, et est au programme de la filière ES (en première me semble-t-il). Pour le reste, la vision qui y est donnée de l'histoire monétaire (l'orfèvre qui découvre qu'il peut prêter de l'argent qu'il n'a pas et devenir très riche) est fausse; les mécanismes monétaires sont présentés de façon incomplète (le fait que l'extinction d'une dette détruise de la monnaie n'est pas présenté); on y dit qu'une économie sans croissance, ou décroissante, ne comporterait plus de prêt à intérêt (ce qui est historiquement faux : les intérêts n'ont pas disparu durant les phases de croissance négative connues dans l'histoire); il y a d'autres omissions.

Et ces omissions ont un objectif, qui est de faire passer le message politique de l'auteur. Une histoire de la création monétaire devrait montrer que l'émission monétaire est un pouvoir régalien, et que ce pouvoir a souvent mal été utilisé, avec la pratique consistant à réduire le titre en métal précieux des pièces par exemple (l'origine du mot "banque" vient de la tablette sur laquelle les changeurs de monnaie évaluaient le titre en métal des pièces, en les faisant tinter et rouler pour tester leur équilibre, ce qui est à l'origine du terme d'espèces "sonnantes et trébuchantes" : le "banquier", au départ, était celui qui établissait la vérité sur des monnaies trafiquées par les gouvernements les émettant. Comme quoi...). De la même façon, la création de monnaie scripturale n'a pas été une machination des banquiers pour s'enrichir en dupant le public, mais s'est faite par hasard - et parfois sous l'impulsion de gouvernements demandant des prêts toujours plus conséquents. Pour s'apercevoir que l'on crée de la monnaie en émettant des crédits, il faut disposer de la comptabilité en partie double, et pas de la comptabilité de caisse que les banques ont utilisé pendant très longtemps; et faire un raisonnement "macroéconomique" que les banquiers n'avaient aucune raison de faire. De leur point de vue, il s'agissait de récupérer de l'argent métallique que quelqu'un d'autre détenait, et tant que les entrées étaient supérieures aux sorties, tout allait bien; ils n'avaient aucune raison de supposer qu'ils créaient de la monnaie au passage. Enfin, cette vidéo se focalise sur quelques phénomènes monétaires sans préciser les phénomènes réels qui l'accompagnent : après tout, moi aussi, lorsque j'emprunte de l'argent, je dépense un pouvoir d'achat que je n'ai pas. Je dois donc trouver quelqu'un qui va accepter de réduire sa consommation présente, en contrepartie de quoi je réduirai ma consommation future (et la sienne sera plus forte). Sans négliger que les phénomènes monétaires ont de l'importance, il serait bon de rappeler que les transactions monétaires sont avant tout le voile d'échanges réels, et que ce sont ceux-là qui comptent.

Cette vidéo n'apporte pas non plus la moindre explication du phénomène de l'intérêt, présenté simplement comme "lié à la croissance effrenée". Une explication authentiquement pédagogique décrirait la question qu'a posée l'intérêt, le décalage entre son interdiction fréquente par les religions et les tentatives permanentes pour contourner cet interdit. On pourrait par exemple décrire la façon dont Thomas d'Aquin avait résolu le paradoxe d'Aristote, selon lequel le prêt à intérêt relevait de la "chrématistique"; puisqu'on échangeait de l'argent contre de l'argent, il n'y avait eu aucune création de valeur, donc l'intérêt était sans justification. Thomas d'Aquin avait lui décrit les trois fonctions de l'intérêt : il est la rémunération du temps, du fait que le prêteur doit temporairement renoncer à sa consommation; il est la rémunération du risque, parce que l'emprunteur ne remboursera pas forcément: il est enfin "participation aux bénéfices" si l'emprunteur utilise l'argent emprunté pour une entreprise rémunératrice. Pour Saint Thomas, si la première justification n'était pas acceptable (car le temps n'appartient qu'à Dieu) les deux autres légitimaient les intérêts. Au passage, on peut noter que même dans une économie sans croissance, si la dernière justification ne tient plus (faute de bénéfices) les deux autres restent valides. On peut noter aussi que la "finance islamique" a contourné l'obstacle de l'interdit de l'intérêt selon une logique très Thomiste : les banques islamiques ne font pas payer d'intérêts, mais prennent des "participations aux bénéfices" réalisés par leurs emprunteurs.

Bien évidemment, évoquer les millénaires de manipulation du titre en métal des monnaies par les gouvernements jurerait dans le paysage de la vidéo, qui prône un système économique dans lequel toute la création monétaire est monopolisée par le gouvernement, qui l'utilise pour financer ses dépenses; expliquer que cette idée soi-disant révolutionnaire a déjà été largement testée et plutôt peu satisfaisante dans ses conséquences serait contradictoire. C'est que cette vidéo n'a qu'un objectif : promouvoir une vision de la société, proche des idées de la décroissance; et que les contenus réels n'ont d'autre visée que d'être au service de cette volonté de promotion d'une idéologie.

Et parce que ce projet, présenté comme tel, n'aurait probablement pas le succès qu'a eu cette vidéo, il faut l'accompagner en expliquant au spectateur que le monde actuel est le fruit d'un complot; que la réalité de la création monétaire est caché; que l'on pourrait cesser de payer des intérêts (sur de l'argent qui "n'existe pas"...) si seulement la vérité était révélée. Que les intérêts n'ont d'autre vocation que d'enrichir des banquiers parasites et une croissance infinie.

Ce qui est d'ailleurs la seconde question posée par l'émission : comment expliquer le succès internet de cette vidéo et de son propos? Là dessus, l'émission est probablement un peu limitée (mais bon, elle était déjà bien longue). Je regrette pour ma part qu'A. Gunthert n'ait pas pu plus s'exprimer, parce que c'est sur cette dimension que son expertise était indispensable. Je suis entièrement d'accord avec lui sur un point : l'accusation d'antisémitisme faite envers cette vidéo ne tient guère la route. Cela ne m'a pas semblé flagrant en la voyant. Je pense que cette accusation d'antisémitisme relève de l'erreur d'attribution : cette vidéo repose sur de nombreux instruments complotistes, et l'antisémitisme repose lui aussi sur une vision complotiste du monde - celle du complot juif. D'où la tentation de considérer toute perspective et imagerie complotiste comme antisémite, par analogie.

Le succès de cette vidéo, par contre, est étonnant; pour l'expliquer, les instruments de l'économiste ne sont guère utiles. Une piste intéressante en tout cas m'a semblé être une remarque de J. Bernard au cours de l'émission, qui a décrit son sentiment d'être "oppressée" par la crise actuelle. Cela touche à un aspect fondamental des sociétés modernes : la fabrique sociale dépend de façon cruciale de toute une série de mécanismes que nous ne comprenons pas. Comme l'a montré Hayek, l'accumulation de connaissances ne se fait pas tant au niveau individuel que collectif : le progrès économique repose sur le fait, paradoxal, que nous connaissons de moins en moins ce qui constitue notre environnement. Le chasseur-cueilleur sait ce qu'il peut manger, et comment l'obtenir; son autarcie se traduit par le fait qu'il détient toutes les connaissances qu'il utilise. Le membre d'un pays riche, par contre, est entouré de mécanismes qu'il ne comprend pas, et passe son temps à utiliser sans les comprendre, de façon automatique. Aucun d'entre nous ne sait comment fonctionnent, comment sont produites, l'essentiel des choses que nous utilisons. Cela vaut pour les objets, comme pour les systèmes - entre autres, le système monétaire. Nous savons utiliser l'argent, nous ne savons pas d'où il vient, parce que nous n'avons pas l'usage de cette connaissance. Le problème, c'est que lorsqu'un mécanisme que nous utilisons tous les jours cesse de fonctionner, nous nous retrouvons désemparés : nous devons alors découvrir l'étendue de notre ignorance, de notre absence de maîtrise de ces choses que nous pensions familières. Songez à l'agacement qui vous atteint lorsque vous rentrez chez vous un soir, pour constater que l'internet qui la veille fonctionnait ne fonctionne plus; que vous devez alors vous plonger dans les arcanes du système d'exploitation de votre ordinateur, suivant les instructions d'un télé-opérateur qui manifestement en sait à peine plus que vous. Tous les psychologues savent que ce genre de situation, ou l'on se découvre dépendant de quelque chose sur lequel on n'a aucune prise, est profondément angoissant.

La crise actuelle présente un peu ces caractéristiques : brusquement, nous découvrons l'étendue de notre dépendance vis à vis d'un système qui peut cesser de fonctionner, et que personne ne contrôle. Il y a effectivement de quoi se sentir brutalement prisonnier et désemparé. Peut-être qu'alors, l'idée qu'il y a quelques personnes, quelque part, qui maîtrisent les choses (même si ce sont d'odieux parasites qui nous exploitent) a quelque chose de rassurant. J'avoue que ma psychologie de comptoir ne va pas plus loin.

[Alexandre Delaigue]

Écrit par : buildfreedom | 10/12/2008

la voix de la vidéo se demande pourquoi les gouvernements choisissent d’emprunter de l’argent aux banques privées et de payer des intérêts alors qu'ils pourraient créer tout l’argent dont ils ont besoin, exempt d’intérêts. La réponse implicite du film, c'est que les gouvernements sont complices de leurs maîtres, les banquiers.

Mais la réponse des économistes à cette question est plus simple :

D'abord, l'Etat n'emprunte pas auprès des banques (à court terme, il leur prêterait plutôt de l'argent...). Pour se financer, il émet des titres négociables, des obligations, qui sont souscrites par des particuliers, des entreprises, des assureurs, diverses institutions. La dette publique est financée par leur épargne.

Ensuite, la création monétaire par les banques centrales est bien plus inflationniste que l'emprunt. Pourquoi? Parce que lorsque l'Etat emprunte, la ponction sur le marché des capitaux a lieu au détriment d'autres financements: les obligations d'Etat "évincent" le secteur privé, qui aurait lui aussi besoin de cet argent ("effet d'éviction": lorsque l'Etat emprunte, il fait grimper le taux d'intérêt, ce qui pousse des entreprises à renoncer à leurs projets d'emprunts).

On se méfie en revanche beaucoup (peut-être trop?) de la création monétaire directe par la banque centrale. Il est vrai qu'elle a très souvent, par le passé, conduit à de l'inflation. Pour être saine, elle doit entraîner la création de nouvelles activités. A tort ou à raison (c'est un autre débat), la plupart des pays occidentaux ont préféré éloigner d'eux ce pouvoir trop tentant. Ils ont confié la "planche à billet" à des banques centrales indépendantes, au motif "qu'on ne laisse pas la crème à la garde du chat".

Mais peut-être les économistes font-ils partie du complot...

[Pascal Riché]

Écrit par : buildfreedom | 10/12/2008

L'article de Rue89 est un scandale, c'est une insulte a l'intelligence.
D'ailleurs il suffit de regarder les commentaires sur leur propre forum pour constater que personne n'est dupe

Il a été démontré comme suit que le CONTENANT comme le CONTENU sont fallacieux. Une compilation-STAR de fausses allégations.

Concernant les déclarations dites "économiques" du redacteur en chef de RUE89 (qui se revendique de 1789, le peuple appréciera), voila ce que André Jacques Holbecq a commenté sur l’article de Rue89.
Il est auteur de « La Dette Publique, une affaire rentable » , une vidéo au sujet du livre ici: http://vimeo.com/1860809?pg=embed&sec=1860809
son site: http://www.fauxmonnayeurs.org

Ce qu’il en pense:

Je ne suis pas inscrit pour poster des commentaires sur RUE89 (et en plus, je m’en fiche, son article sera oublié avant que le film de Paul Grignon le soit, mais quand il est écrit dans l’article;

(le redac en chef de rue89):1; - D’abord, l’Etat n’emprunte pas auprès des banques (à court terme, il leur prêterait plutôt de l’argent…). Pour se financer, il émet des titres négociables, des obligations, qui sont souscrites par des particuliers, des entreprises, des assureurs, diverses institutions. La dette publique est financée par leur épargne.

Dans ces 3 lignes:
=> Il y a un simple « oubli » , c’est que l’épargne est elle même, à l’origine, - toujours - financée par de la création monétaire bancaire payante…
=> plus une grosse erreur: l’Etat ne prête pas d’argent aux banques (en temps normal, ne parlons pas de la crise actuelle qui bouge les lignes)

(le redac en chef de rue89): 2 - Ensuite, la création monétaire par les banques centrales est bien plus inflationniste que l’emprunt. Pourquoi? Parce que lorsque l’Etat emprunte, la ponction sur le marché des capitaux a lieu au détriment d’autres financements: les obligations d’Etat « évincent » le secteur privé, qui aurait lui aussi besoin de cet argent (effet d’éviction: lorsque l’Etat emprunte, il fait grimper le taux d’intérêt, ce qui pousse des entreprises à renoncer à leurs projets d’emprunts).

=> Faux pour deux raisons:
a) il n’y a aucune limite à la création monétaire; si on avait besoin de financer le secteur privé, il suffirait de le faire
b) l’Etat emprunte à des taux beaucoup plus faibles que le secteur privé…

Mais surtout faux parce que, hélas, ce n’est pas la création monétaire par les banques centrales qui finance les Etats (hélas interdit par l’article 104 de Maastricht et que si c’était le cas les intérêts éventuels reviendraient à la collectivité) ou les entreprises, mais la création monétaire par les banqes commerciales…

Écrit par : bankster | 19/12/2008

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