10/12/2008

25 000 milliards de dollars sont-ils vraiment "partis en fumée" ?

20081026monde.jpgLe Monde titrait "Bourses : 25 000 milliards de dollars partis en fumée", article repris par Yahoo, avec la bonne photo du trader déconfit qui va bien. Deux mots là-dessus.

Si je vous vends aujourd'hui un vélo rouge (avec pare-boue chromé) 100€ et que vous le passez sous un rouleau-compresseur dans un mois, vous avez perdu un vélo et il est parti en fumée. Les 100 euros, eux, sont toujours là, mais c'est moi qui les ai. Si quelqu'un récupère la carcasse et vous en donne 10€, vous avez perdu un vélo et récupéré 10€. Si celui qui récupère la carcasse la transforme en lampe design et la revend 90€, il gagne 80€ et quelqu'un a une lampe. Les 100€, je les ai toujours et la lampe existe. Dans cette histoire, je ne vois qu'un perdant : vous. Vous aviez 100€ et vous n'en avez plus que 10. Je vous ai vendu la promesse d'une promenade en vélo, vous l'avez acceptée et, hélas, tout ne s'est pas passé comme prévu pour vous.

Aucun billet de banque n'a été brûlé ou maltraité dans cette petite histoire.

Sortons de cette parabole et voyons-en une autre un peu plus proche de la réalité : s'il y a un mois j'avais acheté tous les titres de tous les indices du monde, cela m'aurait à peu près coûté 100 000 milliards de dollars. Si je les revendais aujourd'hui, j'en tirerais 75 000 milliards, donc j'en perdrais 25 000 milliards. Pour moi, ces 25 000 milliards sont perdus, mais ils ne sont pas partis en fumée, puisque je les ai bien payés à mes vendeurs du mois dernier. Du reste, quelqu'un a encore les titres, un peu comme mon designer a votre vélo.

Ca, c'est aujourd'hui. La vraie question est de savoir ce que deviendront les actifs réels cachés derrière les cours des bourses mondiales.
Si la crise boursière se traduit par une chute ou un gros ralentissement de l'activité réelle, on pourra chiffrer les pertes sociales du krach. Mais elles seront mesurables dans des ordres de grandeur totalement indépendants des 25 000 milliards évoqués.

En conclusion, l'image est frappante et commune dans les media. Et, après tout, oui, il y a bien eu une perte énorme pour certains, mais, à ce jour, pas pour l'ensemble.

[Econoclaste]

19:30 Publié dans A la Une, Libéralisme et économie, Opinion(s) | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : bayrou, modem, crise, financiere, medias, econoclaste | | |  Facebook |

Commentaires

Je m'évertue à expliquer autour de moi que l'argent n'est pas parti en fumée ! Vous me donnez aujourd'hui deux exemples pour expliquer cela... Votre article ne sera donc pas perdu pour tout le monde !^^
;-)

Écrit par : Pierre | 10/12/2008

C'est vrai qu'en bourse, on n'a pas perdu tant qu'on n'a pas vendu et que souvent, ce qui est perdu par les uns est gagné par d'autres, mais, outre que cette fois-ci, compte tenu du profond ralentissement de l'économie mondiale, il est improbable que le jeu boursier finisse par une somme nulle, voire positive, eh bien on sait que la dette publique de l'État fédéral américain a cru de 2000 à 3000 milliards de dollars qui, eux, ne sont pas tout à fait du vent, même au cours actuel du dollar. Est-ce fini ?

Écrit par : Hervé Torchet | 10/12/2008

Écrire un commentaire