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13/10/2011

Crise bancaire : qui est coupable ?

Les banques privées peuvent provoquer des catastrophes financières, mais pour un vrai désastre, il faut que les Etats s'en mèlent...



Crise bancaire : qui est coupable ? par buildfreedom

09/09/2011

Gouverner, ça n'est pas "prévoir" : c'est "permettre"...

bayrou, modem, etat, liberalisme, bastiat, 2012, urgenceL'Etat tout-puissant en France est ainsi un obstacle perpétuel à l'énergie de tout un pays. C'est lui qui épuise ceux qui le font vivre. C'est lui qui décourage la volonté et la créativité par son inconstance, son incapacité à fixer un cadre auquel on se tienne. Une entreprise, comme une famille, a besoin de visibilité. Pas de lubies. Pas d'un paysage juridique en perpétuel mouvement. Pas de décisions politiques constamment destinées à plastronner, manière de suggérer que celui qui l'annonce est réellement un novateur, et ses prédécesseurs des négligents et des incapables.

En matières de contraintes nouvelles, sauf dans le cas de la sécurité publique, bien sûr, il faudrait plus souvent ralentir politiques et administrations qu'accélérer leurs interventions.

François Bayrou, 2012 Etat d'urgence, p.97

31/08/2011

Le thermomètre et la fièvre...

www.usinenouvelle.com

Conjoncture : La croissance est en danger, le déficit budgétaire va s'accroître, l'euro est menacé... Quelles décisions prendriez-vous aujourd'hui... à lire aussi : Conjoncture, Entretien, Présidentielle 2012 - Presse en ligne de l'industrie

 

 

[Les] "agences de notation" [...] ne font que décrire une situation. Ne confondons pas le thermomètre avec la fièvre.

François Bayrou, 25 août 2011

22/08/2011

Dirigisme or not ?

bayrou, modem, 2012, etat, liberalisme, dirigisme, bastiat"Une des grandes lignes de clivage de la vie politique, c'est la frontière qui sépare ceux qui croient que l'Etat peut faire à la place des gens, à la place de la société, et ceux qui n'en croient rien. J'appartiens sans hésitation à la deuxième catégorie. Une des erreurs qui s'est trouvée le plus durement sanctionnée dans l'histoire du XXe siècle, c'est l'erreur dirigiste. Il faut ne rien comprendre à l'écologie des sociétés, au biotope des sociétés, pour imaginer qu'il puisse exister un pouvoir central assez intelligent, imaginatif, pour répondre tout seul aux milliers d'attentes, de besoins, de hasard qui font la vie. La vie est diverse, plus encore que nous ne l'imaginons. Elle est multiple, nous ne pouvons même pas nous figurer à quel point. La seule réponse à cette multiplication de diversité, de hasards, d'occurences, inattendues, impensées, ce sont des millions et des millions de regards affûtés, d'intelligences aux aguets, de micro ou de mégacréations qui fleurissent là où on ne les attendait pas."

François Bayrou 2012. Etat d'urgence p.72-73 

20/04/2011

"Le retour du monopole d'EDF : les consommateurs seront les grands perdants!"

Wehrling-point-presse.jpgYann Wehrling, porte-parole du Mouvement Démocrate, a réagi vivement mercredi 20 avril à l'annonce de la fixation annoncée par le gouvernement à 42 euros du mégawatt/heure électrique. 

"C'est en contradiction flagrante avec l'esprit des règlementations européennes de libre concurrence, le grand retour au monopole d'EDF auprès des particuliers et des petites entreprises. Les premiers perdants seront les consommateurs", a-t-il notamment dénoncé.

Pour le porte-parole du MoDem, "ce prix, très élevé, ferme la porte à la diversification des fournisseurs qui ne pourront acheter le MWh à 42 euros alors que le prix règlementé (tarif bleu) les pousserait à le revendre 34 euros". 

"Les premiers perdants seront les consommateurs français qui ne bénéficieront pas des innovations et de services nouveaux d’optimisation leur consommation d’électricité, qui sont normalement stimulés par la concurrence", a-t-il poursuivi. 

"Pire, rien n’empêchera une hausse inéluctable des tarifs qui serait la conséquence des exigences d’EDF. En effet, la différence entre 34 euros et 42 euros devra être résorbée, c'est-à-dire que le tarif bleu devra être augmenté d’ici 2015. Ceci sera d’autant plus inévitable que la situation de monopole d’EDF lui permettra de faire valoir ses arguments d’investissements nouveaux (EPR, sécurité renforcée…)", a commenté Yann Wehrling. 

"Quant à l’entreprise EDF elle-même, ne doutons pas du fait que la Commission européenne ne sera pas dupe de cette opération de retour au monopole dont les conséquences juridiques pourraient aller jusqu’à un démantèlement d’EDF qui se verrait alors, à l’instar de ce qu’a subi EON en Allemagne, obligée de procéder à des cessions au sein de son parc de production et de son réseau de transport", a-t-il ajouté. 

"Bien que séduisant à court terme pour le gouvernement et pour EDF, un retour programmé au monopole pourrait bien s’avérer à moyen terme catastrophique pour l’ensemble du secteur électrique français et ne faire au final que des perdants alors même qu'il y avait là une possibilité de créer les conditions d’un marché de l’électricité ouvert et transparent, au bénéfice des investissements industriels mais aussi et surtout des consommateurs français", a-t-il conclu.

22:12 Publié dans A la Une, Libéralisme et économie, Opinion(s) | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : bayrou, modem, wehrling, edf, concurrence, monopole | | |  Facebook |

14/04/2011

Jean-Claude Casanova à l'Université Populaire du Mouvement Démocrate


UNIVERSITE POPULAIRE - JEAN-CLAUDE CASANOVA par mouvementdemocrate

Mercredi 13 avril, de 19h à 20h30, Jean-Claude Casanova, président de la Fondation nationale des sciences politiques et directeur de la revue Commentaire, a donné une conférence sur le thème "Démocratie et mondialisation".

08/04/2011

Le programme du PS et le rôle de l'Etat, "cette fiction par lequel tout le monde s'efforce de vivre aux dépens de tout le monde"

Bayrou : «L'avenir du pays ne peut pas être l'assistance généralisée»

Le président du MoDem François Bayrou.
Le président du MoDem François Bayrou. Crédits photo : Jean-Christophe MARMARA/Le Figaro

INTERVIEW - Le président du MoDem critique le projet du PS et plaide pour «un changement profond» à la présidentielle.

LE FIGARO.- Approuvez-vous l'action de la France en Côte d'Ivoire ?

François BAYROU. - Si la reddition de Gbagbo intervient à temps, l'action de la France aura été décisive. Cette guerre civile, Gbagbo en est responsable. Alassane Ouattara a été patient. La France et les Nations unies l'ont accompagné dans sa patience. Quand il n'y a plus rien eu à tenter, l'intervention internationale a permis de rétablir l'ordre légitime et la légalité. Reste à faire émerger de cet immense gâchis la réconciliation, la paix et la prospérité.

Dans quel état politique est la France aujourd'hui ?

Jamais je n'ai ressenti une telle ambiance de décomposition et de division du pays. Cela place les acteurs politiques devant leurs responsabilités.

Comment y répondre ?

Rassembler, donner du sens. Mais d'abord, la vie politique doit être assainie. Il faut effacer les soupçons que font peser toutes ces affaires obscures, comme l'affaire Tapie, les financements opaques, les cumuls de toute nature, la manipulation des sondages...

Que vous inspirent les derniers développements de l'affaire Tapie ?

Nous n'étions pas nombreux, au début, à dénoncer envers et contre tous une affaire d'État, une spoliation de l'argent public, par centaines de millions d'euros. Aujourd'hui, chaque jour qui passe apporte des preuves supplémentaires. J'ai la conviction que l'un des enjeux de 2012 sera de faire la lumière sur ces affaires, qu'on respire enfin.

«Nous sommes les seuls à pouvoir proposer un changement véritable, un nouvel ordre politique, sans impasse et sans risque.»
«Nous sommes les seuls à pouvoir proposer un changement véritable, un nouvel ordre politique, sans impasse et sans risque.»Crédits photo : Jean-Christophe MARMARA/Le Figaro

 

Comprenez-vous la colère qui s'est exprimée dans le vote FN ?

Quand j'ai écrit Abus de pouvoir, je savais ce que je traduisais. La politique est devenue fausse monnaie. Les mots servent à cacher les choses. Les buts véritables ne sont jamais avoués. La vraie vie est niée - on l'a vu sur le prix du gaz ou de l'électricité - et les valeurs qui font vivre les gens aussi. Les Français enragent d'entendre leurs gouvernants leur décrire un pays qui n'est pas le leur.

Ne craignez-vous pas un 21 avril bis ou un 21 avril à l'envers ?

Non. Ce sont les Français qui choisissent les candidats du second tour.

Face à la montée des extrêmes, le centre a-t-il encore un espace ?

Plus que jamais. Car le vote extrémiste est non seulement un danger moral pour le pays mais une impasse politique. Le Front national au second tour, c'est la garantie absolue de la victoire pour l'UMP ou le PS. Nous sommes les seuls à pouvoir proposer un changement véritable, un nouvel ordre politique, sans impasse et sans risque.

Accepteriez-vous de participer à une confédération des centres avec Jean-Louis Borloo, Jean Arthuis ou Hervé Morin ?

Pour que le centre trouve sa force, il y a trois conditions : reconnaître que le centre est indépendant de la droite et de la gauche, que son projet est différent, et donc sortir de la dépendance politique et financière à l'égard de l'UMP ; revendiquer une vocation majoritaire et donc s'élargir vers des sensibilités nouvelles, accepter le dialogue avec tous les républicains ; tourner la page des divisions et accepter le principe «un candidat et un seul en 2012». Au bout du compte, cela revient à une question : voulez-vous vraiment le changement ou, au fond, souhaitez-vous que le pouvoir en place l'emporte pour cinq ans de plus ?

Serez-vous candidat en 2012 ?

Mon action n'a qu'un but : obtenir un changement profond pour le pays qui ne peut se décider qu'à la présidentielle. Pour cela, j'ai refusé toute complaisance, toute proposition, toute compromission avec le pouvoir. Il fallait ces années de lutte et d'intransigeance pour que, le jour venu, les électeurs sachent qu'ils ne seront pas trahis.

Quelles seront vos priorités ?

Nous devons donner au pays un projet qui le rassemble. Non pas un projet de parti, mais un projet de pays. Ce projet doit être soutenable dans le temps, ce qui exige les équilibres financiers et budgétaires. Il doit permettre à la France de retrouver la production sur son sol, et donc les emplois qui vont avec. Il proposera un grand contrat éducatif qui est la seule clé pour l'avenir. Il définira des institutions qui permettront de changer pas seulement de pouvoir, mais le pouvoir. Séparation des pouvoirs, loi électorale juste, représentation de tous les courants, par un système à l'allemande par exemple.

Est-ce à dire que vous acceptez l'élection de députés du FN ?

Oui, bien sûr. Il est absolument anormal que des forces qui ont atteint ces dernières années 15 à 20 % des suffrages - nous-mêmes, les écolos ou le FN - n'aient pas de représentation à l'Assemblée. Quant au Front national, il vaut mieux le combattre face à face.

Le projet du PS vous paraît-il s'inscrire dans ce changement que vous appelez ?

Il y a dans ce texte des idées que j'approuve et défends, notamment sur l'investissement des entreprises ou les institutions. Mais je suis en profond désaccord sur deux points : tous les problèmes du pays sont renvoyés à la dépense publique - allocation pour tous les jeunes, emplois d'avenir, recrutements publics, recours à l'impôt pour de nouvelles dépenses. J'ai l'impression de retrouver le jugement de Frédéric Bastiat : «La grande fiction qui fait que tout le monde s'efforce de vivre aux dépens de tout le monde.» Et ensuite, ce qui manque, c'est la vision d'un pays actif, volontaire, qui préfère que les gens s'en tirent par eux-mêmes, qui choisit de mobiliser ses forces propres : la création, l'innovation, la recherche. L'avenir du pays ne peut pas être l'assistance généralisée.

Martine Aubry semble favorable à une sortie du nucléaire. Et vous ?

Ce qui se passe au Japon remet en cause l'idée avec laquelle nous vivions d'un nucléaire sûr. Cela oblige à des épreuves de sécurité immédiate pour les centrales existantes, et à des choix sérieux, de long terme, d'économies d'énergie, de soutien aux énergies de substitution non émettrices de CO2 et d'investissements lourds sur la recherche.

Silvio Berlusconi a décidé d'accorder des laissez-passer aux clandestins de Lampedusa…

C'est notre faute. Nous avons été irresponsables de laisser l'Italie toute seule face à un problème de cet ordre, alors qu'il fallait une réponse européenne. Avec cette politique du chacun pour soi, nous voulions laisser l'Italie seule face aux difficultés, maintenant l'Italie nous envoie ces pauvres gens. C'est nul !

 
 

13:17 Publié dans A la Une, Libéralisme et démocratie, Opinion(s) | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bayrou, modem, liberalisme, bastiat, ps, etat | | |  Facebook |

17/03/2011

Pierre Manent à l'Université Populaire du Mouvement Démocrate

bayrou, modem, manent, liberalisme, democratie, universite, populairePierre Manent, directeur d'étude à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS), développera le thème "Se gouverner et être gouverné en démocratie", le mercredi 30 mars de 19h à 20h30, au siège du Mouvement Démocrate.

Les démocraties européennes ont un défi majeur à relever : il leur faut retrouver leur capacité d’action, sur elles-mêmes et sur le monde. Les peuples d’Europe doivent retrouver les moyens de se gouverner eux-mêmes.

Pour cela, il est cependant nécessaire que les démocraties reconnaissent et acceptent les conditions qui rendent possible une action politique.

En particulier, la présence de gouvernants reconnus, libres et entreprenants n’est-elle pas une condition essentielle de la reconstruction démocratique ?

Pour se gouverner, ne faut-il pas d’abord être bien gouverné ? Pierre Manent nous aide à renouer avec la question centrale de la philosophie politique : celle du bon gouvernement.

L’entrée est libre, et ouverte à vos amis intéressés par le sujet. Venez nombreux !

Dans un souci de bonne organisation, nous vous invitons à confirmer votre présence à l'adresse suivante :
universitepopulaire@lesdemocrates.fr

22/10/2010

"Un nouveau camouflet pour les consommateurs" par Robert Rochefort

roch.jpg"Cette fois-ci c’est clair, le gouvernement renonce à mettre en place les actions de groupes en faveur de la défense des consommateurs en France. A plusieurs reprises déjà, Bercy avait reporté l’instauration dans notre pays du système des « class-actions », tout en affirmant avec une grande hypocrisie qu’il en soutenait le principe.
Mais en installant hier la Commission de médiation de la consommation, Henri Novelli a tombé les masques et clairement pris le parti du Medef farouche opposant depuis toujours aux actions de groupe.

La médiation, en ce qu’elle évite des procédures judiciaires est souvent une formule excellente mais elle ne peut en aucun cas régler tous les litiges collectifs or elle devient un contre-feu dressé contre la mise en place des actions de groupe. Lorsque ce sont des centaines de consommateurs – voire plus – qui sont lésés pour une somme significative mais de montant modéré, seule leur mobilisation collective, en disposant d’un instrument adéquat, peut leur permettre d’obtenir réparation. C’est à la fois un droit et un moyen précieux de dissuasion à l’égard des abus, dont se sont dotés de nombreux pays.

Les médiateurs chargés de traiter les désaccords entre les entreprises et les consommateurs font souvent un travail très utile mais il leur arrive aussi de ne pas jouir de l’indépendance absolue nécessaire par rapport aux producteurs et aux distributeurs qui les rémunèrent. De plus, ils ont fréquemment des réflexes « pro-entreprises », car ils sont souvent des anciens collaborateurs ou des retraités de ces entreprises, ce qui en conséquence ne devrait jamais être le cas.

Dès lors, on comprend que l’UFC-Que choisir et la CLCV, les deux plus importantes associations de consommateurs, aient décidé de boycotter cette commission la rendant du coup encore moins crédible.

Le droit aux actions de groupe reste donc à conquérir. Le Mouvement Démocrate sera aux côté des consommateurs dans ce combat, notamment à l’occasion de la prochaine élection présidentielle."

08/06/2010

Retraites: et si on osait aller au delà de la réformette annoncée ?

6a00e54ef28dc188340120a7e4015f970b-800wiLes dernières annonces gouvernementales et les réactions politiques et syndicales subséquentes laissent craindre qu'une fois de plus, la "Grande Réforme des retraites" annoncée ne soit qu'un nouvel ajustement paramétrique d'un système à bout de souffle. Naturellement, les déclarations des uns et des autres sont encore à prendre avec toutes les précautions d'usage, mais il n'est question que de recul de l'âge légal, de "sauvegarde de la répartition", d'augmentation de la durée de cotisations, et enfin, point le plus scandaleux, de la non remise en cause des régimes spéciaux, ou peut être que si quand même, enfin bref, on ne sait pas.


Je ne vais pas réécrire en totalité ce que j'ai déjà écrit par ailleurs (cf dossier retraites & conditions de réussite de la réforme), mais je vais tenter de résumer ce que devrait être selon moi une réforme réussie des retraites suivant une progression logique simple, puis de définir comment, dans le contexte politique qui est le nôtre, cette réforme pourrait être promue de façon réaliste.


Le vrai problème: les régimes à prestations définies

- Le régime actuel est insoutenable à très court terme parce qu'il est à la fois à répartition et à prestations définies (abrégé : REP-PRED): les prestations promises ne pourront pas être versées dès lors qu'il n'y aura plus assez de cotisants dans le système.

- Le régime actuel REP-PRED ne pourra pas être rendu soutenable par simple ajustement paramétrique (relèvement de l'âge légal de départ ou nombre de trimestres cotisés): le rééquilibrage des entrées sorties par une augmentation du rapport cotisants/retraités ne sera que temporaire à cause des évolutions démographiques inévitables.

- Le régime actuel REP-PRED, fait d'un régime général et de multiples exceptions, est fondamentalement injuste, parce que les exceptions donnent beaucoup à ceux qui jouissent déjà de grands avantages (agents de catégories A de la fonction publique, cadres supérieurs) et peu à ceux qui en ont peu (ouvriers et petits employés du privé, conjoints ayant élevé des enfants, etc...)

- Les régimes par capitalisation à prestations définies (CAP-PRED), tels qu'ils existent dans certaines entreprises en Grande Bretagne ou aux USA, sont tout aussi insoutenables: ces régimes ont le plus souvent été négociés à la façon "après moi le déluge" par des dirigeants soucieux d'acheter une paix sociale immédiate, mais avec des hypothèses tout à fait fantaisistes sur la croissance de l'entreprise ou les rendements financiers associés à l'épargne salariale pour la retraite. Ces régimes ont largement contribué à la déconfiture de l'automobile américaine, qui ne doit sa survie qu'à des sauvetages publics (transformant de facto un régime de capitalisation en un régime de "répartition" !), et à celle de nombreuses compagnies aériennes.

Les régimes à cotisations définies

- Tant les régimes par répartition à cotisations définies que par capitalisation à cotisations définies* (REP-COD et CAP-COD), sous réserve du respect de quelques règles de conception, sont financièrement insubmersibles, puisqu'il n'y a comme unique promesse de versement que de reverser ce qui entre dans le système.

* NB. dans le cas d'une capitalisation, la "cotisation" n'a pas forcément à être définie à l'avance, même s'il est recommandé, pour le futur pensionné, de ne pas descendre en dessous d'un certain seuil. Je vais continuer à parler de cotisations définies pour la "bonne capitalisation" dans la suite de ce texte, par abus de langage simplificateur.

 

- Tant les régimes REP-COD et CAP-COD permettent un âge de départ à la retraite choisi par la personne et non décidé par l'administration. Des formules de calcul dit "actuariel" permettent de faire en sorte que ceux qui partent plus tard touchent le juste bénéfice de ce départ tardif en retraite par rapport à ceux qui choisiront de se reposer plus tôt. Notamment, dans un régime REP-COD bien conçu, un partant tardif n'est pas pénalisé si une part majeure de la population choisit de partir plus tôt.

- Les systèmes CAP-COD et REP-COD peuvent sans difficulté être conçus dans le cadre d'un régime unique, c'est à dire où les différences de revenu ne sont liées qu'aux différences de contribution, sans que certaines catégories ne soient statutairement  avantagées au détriment des autres.

- Les systèmes REP-COD sont certes insubmersibles mais ne laissent espérer des pensions suffisantes que si les retraités retardent très fortement l'âge de leur départ en retraite (Lien)

- Les systèmes CAP-COD promettent des rendements supérieurs (Lien)... Si un certain nombre de risques liés à la durée de l'immobilisation des fonds peuvent être évités: manque de sérieux du système monétaire et retour de l'inflation, confiscation des fonds épargnés par des gouvernements peu scrupuleux**, gestion avisée des fonds sur de très longues durées sans jamais se laisser leurrer par des produits faussement sûrs (CDO, Madoff, etc)...

La capitalisation ne marchera que si...

- Les systèmes CAP-COD promettent des rendements supérieurs à condition que l'argent recueilli serve effectivement à financer le développement d'investissement productifs privés, principalement des entreprises (ou éventuellement de l'immobilier, sous réserve que ce placement soit rendu "non bullaire" par des réformes ad hoc), sous forme de prêts ou d'achats de parts d'entreprises. Si l'argent des retraites CAP-COD ne sert qu'à acheter des obligations d'états, alors cet argent ne contribuera pas à augmenter la productivité des entreprises.

Or, le rapport actifs/inactifs sera tout aussi défavorable dans le cas d'une retraite par capitalisation que dans le cas d'une retraite par répartition: seuls de très importants gains de productivité permettront aux entreprises, seul creuset de création de valeur, de nourrir beaucoup d'inactifs avec peu d'employés actifs. Les gains de productivité supposent des investissements lourds et réguliers.

- Si les fonds de pension CAP-COD sont investis en bons d'état, que celui ci ne peut rembourser que soit par renouvellement des emprunts, soit par l'impôt, alors la retraite par capitalisation devient une répartition déguisée, voire un nouveau système de ponzi (retraites madoff)  si les finances publiques sont en déficit, les intérêts versés étant alors financés par de nouveaux emprunts...

- L'idéal consisterait donc à évoluer du système REP-PRED actuel à un système CAP-COD investi essentiellement dans des instruments de création de richesse privés, avec des sécurités monétaires et juridiques empêchant sur des durées très longues que l'épargne ne soit confisquée d'une façon ou d'une autres (confiscation à l'argentine ou hyper-inflation à la zimbabwéenne...).

Oui mais...

... La transition sera longue et semée d'embuches

- Quelle que soit la façon dont on retourne le problème, la transition d'un régime de répartition vers un régime de capitalisation pose la question du financement de la transition: il y a au moins une génération de cotisants qui devra payer deux fois.

- Les pays qui ont réussi à gérer une transition l'ont financée soit par l'impôt, soit par l'emprunt, soit par des recettes de privatisations, soit les trois, et généralement à un moment de leur histoire où l'espérance de vie des pensionnés était encore assez faible. L'exemple type de cette transition réussie est celui du système chilien.

- La France a brûlé toutes les cartouches qui lui auraient permis de financer la transition de façon rapide: le pays est sur-endetté, les impôts y sont parmi les plus élevés, l'argent des privatisations à été dilapidé, et la différence entre l'espérance de vie et l'âge de départ moyen en retraite suppose que nous trouvions d'ores et déjà plus de 13% du PIB annuellement en recettes supplémentaires pour financer une transition. Ahem !

- La seule façon de financer une transition est donc de substituer graduellement à des cotisations définies en vue d'un système REP-COD, des cotisations définies finançant une épargne retraite individuelle. Une telle transition ne peut être que longue: les économistes Georges Lane et Jacques Garello, défenseurs de la capitalisation stricte, l'estiment entre 25 et 71 ans, selon que l'on choisisse une transition très volontariste ou au contraire une transition très douce.  De tels horizons politiques portent évidemment en germe un risque politique majeur....

- ... Mais pire encore, si une telle transition était opérée sans corriger les tares du système REP-PRED actuel, alors celui ci, plombé par le déficit démographique déjà évoqué, provoquerait la faillite de l'état bien avant que la transition vers la capitalisation ne soit achevée, avec toutes les conséquences funestes que l'on peut imaginer... Notamment sur la valeur de l'épargne capitalisée.

Par conséquent...

- Quel que soit l'attrait théorique d'un système de retraite purement fondé sur la capitalisation, nous ne pouvons faire l'économie, au moins durant une phase de transition qui ne pourra pas être courte, à l'échelle des temps politiques, d'une transformation du système REP-PRED en système REP-COD,  peu flatteur en terme de rémunération mais insubmersible financièrement, qui nous permettra de voir venir la longue période de transition vers une capitalisation pure avec une certaine sérénité, sous réserve de politiques économiques par ailleurs intelligentes, hors du cadre de cet article. Ce qui n'est pas gagné, je vous l'accorde.

La réforme "idéale" sur le papier

Bien que la perfection ne soit pas de ce monde, esquissons une réforme sinon "idéale", du moins tournée vers le meilleur:

- En préalable, afin d'établir une vérité des coûts de la retraite et des autres assurances sociales, le législateur instaurera le "salaire complet", équivalent au "coût total employeur", mettant fin au rideau de fumée entre "cotisations salariales" et "cotisations patronales". 

La réforme proprement dite s'appuierait sur deux piliers :

- Premier Pilier REP-COD : Une cotisation unique identique quelle que soit le cadre dans lequel une personne gagne sa vie, de l'ouvrier au président de la république, du médecin au député, du fonctionnaire à l'auto-entrepreneur, qui peut être évaluée à 15% du salaire ou du revenu complet (sous réserve d'un calcul plus précis hors de mes moyens), ira alimenter une retraite de type REP-COD telle que celle proposée par des économistes comme Jacques Bichot, mise en oeuvre sous des formes approchées dans des pays comme la Suède.

- Second Pilier CAP-COD : Dans le même temps, en déduction complète de leur revenu imposable, les actifs pourraient épargner jusqu'à 15% supplémentaires, à leur choix, sur une formule d'épargne retraite aussi simple que possible. Ils pourraient aller au delà, mais sans déduction de l'assiette imposable, au moins dans un premier temps... La retraite serait donc confiée à deux piliers, l'un REP-COD voué à une extinction très progressive, l'autre CAP-COD voué à devenir un pilier unique dans un horizon de long terme.

Certains, comme le père des très peu connus embryons de fonds de pension à la Française PERP et PERCO, M. Jean Pierre Thomas, aujourd'hui associé chez Lazard, suggèrent de regrouper les possibilités du PEA et de l'assurance vie, en les déplafonnant, au sein d'un produit défiscalisé tout simplement appelé "Assurance Retraite". Je ne connais pas le détail de sa proposition, mais sous réserve que les fonds ainsi accumulés ne soient pas, contrairement à l'assurance vie, confisqués sournoisement par voie législative pour financer la dette publique, ce qui n'aurait pas le moindre intérêt économique à long terme, elle va dans le sens souhaitable.

- Tout comme au Chili, l'épargne retraite devra être individuelle. Pas question de la confier aux syndicats ou aux entreprises. Que l'individu fasse appel à un professionnel de l'assurance retraite pour le conseiller, oui, mais que des groupes d'intérêts se saisissent de son épargne au motif de "le protéger des rapaces capitalistes", non. Ni la CGT, ni un Robert Maxwell, ne doivent pouvoir faire main basse sur l'épargne retraite.


Transitions

A ce stade, deux choix s'offriraient alors: une transition intégrale, lente mais définitive vers la capitalisation, ou maintient d'un système hybride à deux piliers un peu moins rémunérateur mais politiquement. 


Hypothèse 1 : Transition intégrale

- La transition intégrale serait gérée de la façon suivante: le taux de 15% impérativement versé sur le compte du régime unique de la retraite REP-COD à l'année zéro du système serait réduit chaque année de façon à maintenir constant en valeur les entrées dans le système - à démographie égale-, mais en exploitant la différence entre gains salariaux et inflation, différence positive hors période de crise. la somme ainsi soustraite de la répartition irait alimenter la capitalisation individuelle, que le cotisant serait libre d'abonder ou pas un abondement de son compte épargne retraite.

- En prenant pour hypothèse une augmentation moyenne annuelle des revenus de 1.5% au dessus de l'inflation, et une inflation de 2%, et en admettant que l'âge librement choisi du départ en retraite monte de 59 ans en moyenne aujourd'hui à 65, il serait possible de maintenir constant le pouvoir d'achat des retraités actuels avec une baisse du taux de cotisations obligatoire de 0.25% par an, soit une transition sur 60 ans. J'attire l'attention sur le fait que de tels calculs sont excessivement simplificateurs par nature et que des simulations plus fines, supportées par des puissances de calcul et une meilleure connaissance des paramètres démographiques que celle que je pourrais avoir, et une intégration aléatoire de bonnes et de mauvaises années, donnerait un résultat autre. C'est l'ordre de grandeur qui importe ici.

60 ans, c'est long ! Vous noterez que politiquement parlant, cette transition n'a rien d'exaltant, sauf pour les rares disciples de l'économie autrichienne qui parfois passent par ici. Ce qui, vous en conviendrez, ne constitue pas une base électoralement suffisante pour susciter l'adhésion.

Certains diront qu'on pourrait aller plus vite en affectant un certain nombre de recettes supplémentaires à cette transition, mais gardons à l'esprit que toute richesse provient de toute façon d'une production, et que toute recette fiscale est rendue au départ possible par la création d'une valeur ajoutée par des entreprises. Affecter une recette fiscale supplémentaire, qu'on l'appelle TVA sociale ou impôts sur les méchants riches, ne change rien sur le fond du problème: il faut que l'économie soit suffisamment productive pour financer ces prélèvements.

Les seules recettes complémentaires affectables à la transition sans augmenter les impôts futurs sont donc celles de l'agence française des participations, dont le montant ds avoirs, estimé à  105 milliards, n'est pas significatif par rapport au problème qui nous occupe. C'est mieux que rien, il faudrait affecter ces participations à cet objectif, mais la mesure sera de l'ordre du symbolique.

D'autre part, et toujours suivant la proposition de l'ex-ministre JP Thomas, les épargnants pourraient transférer sur leurs comptes épargne retraite leur PEA ou leur assurance vie, de façon à ce que ceux qui le peuvent ne démarrent pas leur compte retraite à zéro. Ce seraient 1300 milliards qui, potentiellement, pourraient amorcer l'épargne retraite. Seul souci: l'essentiel de cette épargne, placée en bons d'états, est la plus improductive qui soit pour l'économie, et n'est de surcroit plus aussi sûre que ce que l'on voudrait nous faire croire, à en juger par l'ampleur des plans d'urgence pour sauver les trésors publics des pays du club med...

Hypothèse 2,  : transition partielle

Afin de réduire le niveau de risque de dévalorisation de l'épargne longue par une phase de crise inflationniste grave ou de spoliation gouvernementale**, Le taux de cotisation obligatoire au système REP-COD est réduit jusqu'à un taux permettant d'assurer le financement d'un filet de sécurité, une sorte de minimum vieillesse amélioré, qui aurait son utilité pour le cas où un "cygne noir" tel que ceux envisagés ci avant viendrait sabrer les efforts d'épargne de long terme.

Vous me direz que si cette épargne est intégralement investie en actifs productifs, ils sont a priori relativement protégés d'une méchante vague inflationniste. Mais qui sait ce qu'un gouvernement mal avisé peut faire comme dégâts en seulement quelques années. Besoin de financement imprévu d'un état providence, épisode dictatorial... Sur 45 ans de cotisations plus 25 ans de pension, personne ne peut affecter de croire que le risque politique est nul.

Et puis ne nous faisons pas d'illusion: dans un premier temps, les fonds qui alimenteront les plans d'assurance retraite viendront des assurance vie, qui sont majoritairement investis en obligations d'état. Or, nous l'avons vu, pour que la capitalisation ne tourne pas à la répartition déguisée, voire au système de ponzi déguisé, et que les gains de productivité potentiels liés à la capitalisation se matérialisent, il faut que l'épargne retraite soit investie dans des véhicules d'investissement créateurs de valeur.

Nous ne pouvons pas exclure qu'il y ait pendant une période de transition là encore assez longue des bons d'état présents en masse dans les comptes d'épargne retraite. Et la soi-disant réputation de sécurité sur le long terme de ce type de placements est usurpée, comme la crise actuelle le démontre assez amplement. Le filet de sécurité financé par une répartition est donc sans doute un des seuls moyens de vendre politiquement la capitalisation à des masses dont on supposera qu'elles ont développé une forte aversion au risque...

Gestion politique de la réforme :

Quand bien même certains lecteurs pourraient la trouver raisonnable, une telle réforme nécessitera, pour être acceptable, un véritable choc culturel au sein de la population. Et je ne crois pas aujourd'hui possible de la mener intégralement de fond en comble. Songez qu'une simple menace d'augmenter l'âge de la retraite de 3 ans fait descendre 500 000 personnes dans la rue ! Alors si nous agitons le chiffon rouge de la capitalisation intégrale, croyez vous que les français, saoulés de discours collectivistes depuis tant d'années, sauteront de joie, alors que l'on nous ressasse à l'envi que "les fonds de pension américains sont en faillite" - Ce qui n'est vrai que pour les fonds de type "CAP-PRED" et pas de type "CAP-COD", mais cela, quel média vous le dira...

Ajoutons que dans une économie aussi "bullaire" que la notre, au système monétaire aussi manipulable que possible par les états, la capitalisation ne pourra pas inspirer totalement confiance. Les gens auront peur de rentrer dans le système en  sommet de bulle et d'en sortir en période d'éclatement. Même si à long terme, l'espérance de rendement est bonne même dans le plus pessimiste des cas de figure, beaucoup de gens n'auront pas envie d'y croire, et toutes les forces réactionnaires de ce pays, du PS à la CGT, y veilleront.

On peut et on doit proposer une vraie réforme des retraites, mais vouloir gravir l'Everest en une seule étape dans un pays comme la France de 2010 en pleine crise financière me parait politiquement "mort".

D'où ma proposition de procéder en deux temps: dans un premier temps, instaurer le "salaire complet", et mettre en place une retraite à deux piliers, le premier REP-COD obligatoire et le second CAP-COD facultatif mais fiscalement fortement encouragé.

Ce premier pas est déjà conceptuellement énorme par rapport aux propositions actuelles qui se bornent à conserver la mosaïque de régimes spéciaux REP-PRED mise en place il y a 55 ans, en se demandant si on va augmenter l'âge de départ à 62 ou 63 ans, ce qui permettra de sauver l'équilibre du système jusqu'en 2015 au mieux, et encore en admettant qu'aucune crise financière 2.0 ne vienne nous plonger un peu plus dans la récession, ce qui n'est hélas pas inenvisageable.

Puis, une fois que les blocages par rapport aux dogmes actuels auront été surmontés, et que les individus auront pu mesurer sur quelques années les avantages et inconvénients respectifs d'une répartition REP-COD et d'une capitalisation CAP-COD, avancer dans la réflexion politique et faire évaluer la faisabilité d'une transition, sur un mode soit partiel, soit intégral, et poser au bon moment la question à la population, par référendum. Mais l'horizon de cette deuxième étape parait lointain.

Conditions de réussite

Quelles sont les conditions économiques générales qui assureront le succès d'une telle réforme sur le long terme ? que soit le système retenu, mais plus encore dans le cas de la capitalisation, bien évidemment, il faudra que le système réglementaire et fiscal en vigueur cesse de punir la création de capital et la réussite entrepreneuriale.

Je ne puis rappeler tout ce que j'ai pu écrire sur le sujet, mais citons en vrac: la baisse des taxations marginales et des dépenses publiques, la suppression des impositions sur le capitalet la fortune, et la neutralité fiscale entre financement capitalistique et financement par la dette pour rendre désirable par les entreprises l'accueil d'une nouvelle classe d'actionnaires, celle des fonds de gestion de l'épargne retraite. Tout ce qui contribue à rendre l'économie bullaire devra être combattu avec acharnement, par exemple, les sources foncières des bulles immobilières

Plus encore, il faudra que les nations, suite aux inévitables désordres monétaires vers lesquels on s'achemine, en viennent à rénover le système monétaire mondial pour que la menace de l'inflation soit réduite à zéro. Mais je ne les vois pas devenir fans de la "dénationalisation de la monnaie" du jour au lendemain...

Enfin, des gardes fous législatifs forts - constitutionnels - devront être promulgués pour qu'un caprice de l'électorat ne permette pas à un disciple de Martine Aubry de venir défaire, par pur dogmatisme ou démagogie, ce que les promoteurs d'une réforme courageuse auraient pu faire...

Et demain ?

J'ai bien dit "auraient pu faire", mais ce n'est pas pour demain... Selon toute vraisemblance, le projet que le gouvernement dévoilera avant les vacances pour le faire voter à la rentrée sera une version bâclée d'un nième ajustement paramétrique du système REP-PRED actuel, absolument insoutenable à moyen terme. L'ambition du gouvernement ne semble guère aller au delà de 2012, et la vraie réforme sera laissée à son successeur... Or, celui ci risque d'être issu de la gauche, ce qui n'arrangera rien, vu l'état intellectuel absolument déplorable de notre PS.

Que cela ne vous interdise pas, si vous le pouvez, de commencer à épargner, par exemple dans un PEA. Je suis persuadé qu'une proposition de type second pilier facultatif "Thomas" sera adoptée rapidement, peut être dès la présente réforme, ce qui constituerait tout de même une bonne surprise, mais en cas d'erreur de prévision, un PEA correctement diversifié présente à mon sens de bien meilleures perspectives de croissance qu'un placement basé sur des obligations d'états souverains, même si, à court terme, la volatilité sera peut être forte. Et le capital ainsi accumulé vous permettra d'améliorer l'ordinaire d'une retraite publique réduite à peau de chagrin à cause de l'absence totale d'honnêteté et de courage politique de la classe ultra-privilégiée de politiciens démagogues qui nous conduisent depuis trop longtemps sur les chemins de la banqueroute.

Quant à savoir comment choisir les valeurs qui le composeront, je vous laisse en compagnie de meilleurs experts ès placements que moi, tels que le talentueux Loïc Abadie.

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** Notons que le risque de spoliation gouvernementale n'est pas que théorique. Outre le vol des fonds de pension argentins par le gang des Kirchner, plus près de chez nous, en Belgique, en 2003, l’Etat a confisqué, par une loi spéciale, le fonds de retraite par capitalisation de l’entreprise publique Belgacom, s’emparant ainsi de cinq milliards d’euros d’épargne (14). En échange, l’Etat belge a ‘’garanti’’ le financement des retraites Belgacom par la répartition… Cité par le toujours remarquable Gilles Dryancour, pour l'Institut Turgot.

 

05/05/2010

Changer radicalement notre manière de penser l'Etat

59639_bayrou-new-une.jpgLe président du MoDem, François Bayrou, a parlé mercredi d'"une chaîne de dominos" pour évoquer le risque de contagion de la crise grecque au Portugal et à l'Espagne, estimant aussi que la France "n'est pas extérieure à ce qui se passe" mais se situe "au bout de la chaîne".

"La Grèce, le Portugal, l'Espagne, ce n'est pas extérieur à nous. Il y a une chaîne de dominos et quand un domino tombe, le suivant se trouve menacé aussitôt. Au bout de la chaîne des dominos, il y a la France", a expliqué sur France Inter le leader centriste.

Il a cité deux raisons : "La première, c'est que nous avons une dette en explosion et qui va atteindre des niveaux du type de ceux de la Grèce. On est à 85% de dette par rapport à la production totale du pays dans une année, ce sera 94% l'an prochain et 100% l'année d'après. C'est comme un grand vaisseau qu'on ne peut pas freiner", a-t-il poursuivi.

"La deuxième raison, c'est que dans leurs malheurs, la Grèce, l'Espagne et le Portugal ont une fiscalité légère (32% de prélèvements obligatoires en Grèce, 45% en France) et une économie souterraine très importante. Ces pays ont des réserves fiscales. Nous, nous sommes au sommet des prélèvements obligatoires et il n'y a pas ou peu d'économie souterraine. Et donc, je crois que la situation de la France n'est pas tenable dans la durée".

"Ce que nous allons vivre dans les semaines qui viennent, a prédit François Bayrou, c'est la révélation de la gravité de la situation de notre pays, plus accentuée, plus lourde de conséquences que tout ce que nous avons connu depuis la guerre".

"On ne sait jamais quand l'orage se forme à quel endroit tombera la foudre. En tout cas, ce qui se prépare au-dessus d'un certain nombre de pays européens et je le crois, en fin de course, au-dessus de la France, va nous obliger à changer radicalement notre manière de penser l'Etat, à reconstruire le pays et la politique dans notre pays", a-t-il conclu.

 

[Les Echos]

30/04/2010

Retraites : le scénario démagogique

jean-luc_melenchon-b74a5.jpgToute une mouvance qui se considère comme exprimant les valeurs de la “vraie gauche”, les économistes d’Attac, les amis de Jean-Luc Mélenchon, Jean-Luc Mélenchon lui-même, voire l’aile souverainiste du Parti socialiste proposent au problème du financement des retraites une solution démagogique.

Leur thèse est simple, en deux parties. Premièrement, il faut “couvrir l’augmentation des besoins sociaux par un accroissement des prélèvements collectifs sur la richesse produite”. Explicitons : nous ne devons ni reculer l’âge de la retraite, ni allonger la durée de cotisation, mais prélever davantage sur le revenu des actifs pour financer les pensions d’un nombre croissant d’inactifs.

Deuxièmement, il convient pour ce faire de ne pas toucher aux revenus du travail, mais uniquement à ceux du capital. “Cela est possible si le curseur de la répartition des revenus revient en faveur de la masse salariale. Celle-ci a connu trois décennies de dégradation, tandis que la part des dividendes dans le PIB est passée de 3,2 % en 1982 à 8,5 %. Un déplacement qui équivaut aux ressources supplémentaires pour financer les retraites (…).”

En démocratie, toute proposition mérite le débat. On voit bien ce que celle-ci a de plaisant. On ne touche pas aux “avantages acquis” et on fait payer par les seuls capitalistes (les bénéficiaires anonymes des revenus du capital) le coût que représente pour la collectivité l’allongement de l’espérance de vie dont nous bénéficions tous.

Malheureusement, cette solution séduisante repose sur des chiffres faux. Comme si, politiquement nécessaire, elle était si faible dans ses fondements qu’il faille, pour lui assurer une apparente plausibilité, travestir la réalité. Le capital doit prendre sa juste part du fardeau, il ne peut pas l’assumer tout entier.

Le mensonge, tellement répété d’une intervention à l’autre qu’il en devient lassant, est double :

1 - La répartition de la valeur ajoutée des sociétés non financières est, en ce qui concerne la part des salaires, stable depuis vingt ans : 65,3 % en 1988, 65,6 % en 2009, avec peu de variations intermédiaires. La dégradation ne s’étend donc pas sur trois décennies, mais se mesure par rapport à une seule, la plus éloignée dans le temps. La part des salaires dans la valeur ajoutée y avait atteint un maximum de 74,2 % en 1982, record historique absolu jamais égalé ni avant ni après, et qui intervint après les trois ébranlements majeurs que furent les chocs pétroliers de 1974 et de 1979 et la relance mitterrandienne de 1981.

DEUX PLANS DE RIGUEUR

Comme notre appareil productif supporta alors, en première ligne, le coût de l’ajustement (à la différence de ce qui se passa dans la plupart des pays développés), la part de l’excédent brut d’exploitation des entreprises dans la valeur ajoutée tomba à un minimum historique absolu de 23,9 % (contre 30 % aujourd’hui). A un tel niveau, une fois payés l’impôt et l’intérêt, on arrive à grand-peine à renouveler le capital existant. Inutile alors de parler d’investissement net, donc de croissance.

La thèse est-elle qu’il faut revenir aux ratios économiques de 1982, année de déséquilibre majeur débouchant sur deux dévaluations et deux plans de rigueur ? Si tel est le cas, il faut le dire et le justifier. Car, une fois de plus, après la correction imposée d’une trajectoire insoutenable, le partage salaires-profits est stable depuis deux décennies.

2 - Les dividendes net distribués par les sociétés non financières étaient bien en 1982 (année dont on a vu en quoi elle était exceptionnelle) égaux à 3,2 % de leur valeur ajoutée et sont depuis remontés jusqu’à 8 % en 2007. Mais ladite valeur ajoutée ne doit pas être confondue avec le PIB, dont elle ne représente que la moitié. Il faut être cohérent : rapportée au PIB, la distribution de dividendes est en fait passée de 1,6 % à 4 %, soit une variation du même ordre de grandeur que les ressources manquant au financement des retraites.

En gros, il faudrait supprimer la notion même de dividendes, donc de rémunération du capital, donc de capitalisme, pour financer les retraites. On rencontrerait sans doute quelques autres obstacles sur un chemin aussi enchanteur.

Je ne puis soupçonner tant de bons esprits, tellement attachés au bien public, d’incompétence. Ils savent ce qu’ils font et pourquoi ils travestissent les chiffres ou leur interprétation. La vérité économique leur importe peu, puisque leur thèse est politique.

 

[La refondation du capitalisme]

10/03/2010

Robert Rochefort : je défends la simplification des charges administratives pesant sur les petites entreprises, en session plénière

10mars1.jpgLa Commission européenne a soumis une proposition au Parlement européen, consistant à permettre aux Etats membres d'exempter les entreprises de petite taille (micro-entités) des obligations d'établir et de publier leurs comptes annuels.

Je suis bien sûr un fervent partisan de la réduction des charges administratives pour les entreprises, en particulier pour les PME et TPE. Mais la proposition de la Commission manque cruellement son objectif : d'abord, il n'est pas évident que le dispositif proposé réduirait réellement la charge administrative de ces entreprises ; et ensuite, ce texte, qui laisse le choix à chaque Etat membre de décider de faire usage ou non de l'exemption, risque d'entraîner une fragmentation du marché intérieur.

Il aurait fallu retirer cette proposition-ci, et aborder la question de la simplification des charges administratives pour ces petites entreprises - droit des sociétés, simplification des exigences de rapports financiers, comptabilité, audit,...- dans le cadre de la révision globale des quatrième et septième directives sur le droit des sociétés, prévue prochainement.

J'ai dès lors voté contre ce rapport sur les comptes annuels des micro-entités, qui ne satisfait pas mes attentes en matière de simplification des charges administratives pesant sur les petites entreprises.

[robertrochefort.eu]

09/03/2010

Robert Rochefort : en session plénière, j'interpelle la Commission sur les efforts qui doivent être faits pour mieux protéger les consommateurs, et demande que soit mise en place la possibilité d'un recours en action collective au niveau européen

9mars2001-3.jpgL'échange sur le marché intérieur et la protection du consommateur, inscrit à l'ordre du jour de la session plénière comme débat prioritaire, mardi 9 Mars 2010, m'a donné l'occasion d'interpeler Michel Barnier et John Dalli, commissaires européens, sur les efforts que l'Europe doit faire pour améliorer la protection des consommateurs.

Dans le contexte de crise économique, le marché intérieur est un atout que nous devons absolument mettre en valeur. Dans ce marché intérieur, évidemment, c'est la consommation qui est peut–être le moteur le plus important qu'il faut soutenir à très court terme. Mais pas n'importe quelle consommation. Il nous faut une consommation qui prépare l'avenir, qui soit en phase avec les enjeux du développement durable, une consommation responsable qui ne cherche pas toujours la promotion des produits de discount censés favoriser le pouvoir d'achat des familles mais qui, en fait, sont souvent de médiocre qualité et qui résultent de délocalisations presque systématiques de leur fabrication hors de l'Union. Nous savons qui en sont les principales victimes: les consommateurs qui ont le revenu le plus faible, les consommateurs les plus fragiles. En un mot, il nous faut installer une nouvelle confiance entre les consommateurs et les entreprises, en particulier celles de la distribution, pour fortifier le marché intérieur de notre Union.

J'appelle la Commission et les différents commissaires travaillant sur le thème de la protection des consommateurs à travailler de façon vraiment cohérente. Nous attendons que les intérêts des consommateurs soient pris en compte réellement dans toutes les politiques de l'Union européenne, dans l'esprit du traité de Lisbonne.

Il est temps de donner suite au livre vert sur les recours collectifs. Nous attendons de la Commission qu'elle avance au plus vite sur ce dossier, et qu'elle établisse rapidement un calendrier de travail. Nous attendons aussi d'elle qu'elle invente une forme spécifique européenne nouvelle pour que ces recours collectifs évitent les dérives trop connues du système américain, que nous inventions quelque chose qui soit au service de tous, qui n'oppose pas les intérêts des uns et des autres.

Enfin, comme Mme Hedh le souligne à juste titre dans son rapport, l'éducation à la consommation est essentielle et doit se faire tout au long de la vie. Il ne faut pas penser uniquement aux jeunes enfants mais également aux consommateurs adultes, tant les produits changent, tant les forces du marketing se sophistiquent.

Je voudrais juste, en conclusion, vous dire que les indicateurs, les tableaux de bord, c'est très bien – c'est l'ancien statisticien économiste qui parle –, mais ça ne remplace pas la volonté politique qui, elle, doit être la véritable mobilisation de notre action.

[robertrochefort.eu]

Robert Rochefort : je vote en faveur du rapport sur SOLVIT, précieux outil pour les consommateurs.

solvi.jpgLe marché intérieur, avec plus de 1500 textes souvent complexes, apparaît aux citoyens comme un "grand machin" assez incompréhensible, de surcroît pas toujours mis en œuvre correctement dans les Etats membres - je pense en particulier à la reconnaissance des qualifications professionnelles.

Dès lors, l'outil que représente SOLVIT s'avère précieux : véritable service d'assistance pour les consommateurs et les entreprises en matière de marché unique, ce réseau de coopération s'emploie depuis plusieurs années à résoudre, sur une base informelle, les problèmes liés à une application incorrecte de la législation relative au marché intérieur par les autorités. J'ai voté en faveur du rapport sur SOLVIT, en session plénière.

Malgré son excellent taux de réussite (plus de 80% des cas se soldent par un succès), malgré le fait qu'il incarne une solution rapide, extrajudiciaire, gratuite qui permette d'obtenir réparation, SOLVIT reste très peu connu du grand public. Nous devons davantage le faire connaître.

Je regrette aussi que dans certains Etats membres, dont la France, le centre SOLVIT soit aussi mal loti en termes de budget et de personnel. Le temps est venu, je pense, que les Etats membres prennent la mesure de l'utilité de ces centres et leur fournisse les moyens de fonctionner correctement. 

Pour consulter le site de SOLVIT, cliquez ici

[robertrochefort.eu]

Robert Rochefort : une politique de la concurrence davantage tournée vers le bien-être des consommateurs ! J'approuve le rapport de la Commission sur la concurrence 2008, en session plénière

consu.jpgJe partage l'avis positif de Sophie In't Veld, rapporteur pour le Parlement européen, sur le rapport de la Commission européenne sur la concurrence 2008. Dans celui-ci, la Commission explique qu'elle place les préoccupations des consommateurs au centre de ses activités concernant la concurrence, et qu'elle "considère comme essentiel que l'objectif principal de la politique de concurrence soit l'optimisation du bien-être des consommateurs". En cela, ce rapport signifie un tournant dans son approche de la politique de la concurrence, et je m'en réjouis !

La Commission agirait-elle enfin en parfait accord avec l'article 12 du Traité de Lisbonne, qui stipule que la protection des consommateurs est prise en considération dans la définition et la mise en œuvre des autres politiques de l'Union ?

J'encourage la Commission à poursuivre dans la voie du dialogue suivi qu'elle a décidé d'établir entre ses services, les consommateurs et les associations qu'elles représentent. A cet égard, c'est une bonne chose qu'ait été créée, en 2008, une unité chargée des relations avec les consommateurs au sein de la DG concurrence. Nous demandons maintenant un rapport complet sur les activités de cette unité, pour pouvoir mieux juger de son utilité.

[robertrochefort.eu]

28/10/2009

Robert Rochefort : "Il faut qu'il y ait un droit des consommateurs si possible européen"

RRochefort_09.jpgEcouter le podcast

podcast

Robert Rochefort, député européen et membre de la commission "Marché Intérieur et Protection du Consommateur" au Parlement européen, était l'invité de Good Morning Business lundi 26 octobre 2009 sur BFM Radio.

Il est notamment revenu sur l'évolution des modes de consommation et a jugé le principe d'assises de la consommation comme une "vaste mascarade".

Robert Rochefort a évoqué les évolutions récentes des modes de consommation : "Il y a un cycle qui est en train de se terminer. On consommera différemment demain tout simplement parce qu'on ne va pas avoir beaucoup de pouvoir d'achat en plus, il y a une certaine lassitude par rapport au toujours plus de la consommation, et puis parce qu'il y a le défi environnemental.

La surconsommation, c'est fini. Il va falloir apprendre à consommer beaucoup plus de services, beaucoup moins de biens et finalement les consommateurs sont en train d'en prendre conscience, regardez ce qui se passe dans le domaine de la voiture.

- Il va falloir apprendre ou est-on demandeurs de ça, nous consommateurs ?

- Les deux ! On est intuitivement en train de le penser mais si il n'y a pas en particulier par la façon deont la fiscalité va orienter dans un sens ou dans un autre une sorte d'encouragement à aller plus vite, on ira assez lentement. En revanche, regardez encore une fois la prime sur l'automobile, quand l'Etat est le bon guide, ça peut accélérer les choses".

"Il s'agit de retrouver une consommation qui nous accompagne le mieux possible par rapport aux défis que nous avons, les défis de la santé, du vieillissement, de l'écologie, du consommer mieux."

Assises de la consommation

Interrogé sur le principe d'assises de la consommation, annoncées par le gouvernement, Robert Rochefort exprime son désaccord : "Ecoutez, c'est une vaste mascarade. Le gouvernement nous dit qu'il veut aider les consommateurs, qu'est-ce qu'il fait? Deux erreurs majeures.

La première c'est qu'il entérine le fait de renvoyer les actions de groupe - les class actions - à l'avenir en donnant des gages au Medef qui n'en veut absolument pas.

Quand on parle de médiation, je suis pour la médiation, je suis mille fois pour que quand il y a un conflit dans la consommation, entre l'entreprise et le consommateur, on s'arrange à l'amiable. Mais on ne peut pas régler tous les problèmes comme ça. On a d'un côté des marchés dans lesquels on n'a plus que deux ou trois grands opérateurs, regardez la téléphonie mobile ou autre. Et on a en face des millions de consommateurs. Par rapport à ça, il faut que lesconsommateurs aient une arme, et cette arme, ça s'appelle les actions collectives et j'y crois parce que c'est l'intérêt des entreprises.

Deuxième observation qui me frappe beaucoup dans ces assises de la consommation, le gouvernement avait décidé de mettre de l'ordre dans les associations de consommateurs. Depuis quand c'est à l'Etat de décider dans l'organisation associative, ce qu'il faut faire ?

Un droit des consommateurs européen

Il a également abordé la question européenne en précisant qu'il fallait "un droit des consommateurs européen. Il faut que nous nous battions pour que les classa ctions aient lieu au niveau européen", a affirmé le député, membre de la commission Marché Intérieur et Protection du Consommateur au Parlement européen.

[Mouvement Démocrate]

27/10/2009

Assises de la consommation : un enjeu majeur pour Corinne Lepage et Robert Rochefort

Corinne Lepage et Robert Rochefort, députés européens du Mouvement Démocrate, ont réagi à la tenue lundi 26 octobre d'Assises de la consommation, organisées à l'initiative du gouvernement.

Corinne Lepage juge ces assises "très décevantes" alors que Robert Rochefort demande à Hervé Novelli de "revoir sa copie". Les deux députés défendent l'importance de la mise ne place d'actions collectives ou class actions.

rochefort1.jpgPour Robert Rochefort, député européen et rapporteur pour l'ADLE dans le cadre de la discussion du projet de directive sur les droits des consommateurs : "Ces assises ont été une vaste mascarade que ce soit en terme d’organisation, de participation des associations de protection des consommateurs (absence de l'UFC-Que Choisir et non caution de la CLCV) ainsi qu’en matière de propositions émises. Le gouvernement nous avait dit qu’il voulait aider les consommateurs, ill a fait deux erreurs majeures :

La première, c’est qu’il entérine une fois de plus le report des class actions sous l’influence du MEDEF en restant au niveau de la médiation. Oui, il faut privilégier la médiation quand c’est possible mais c’est loin d’être suffisant, on ne peut pas régler tous les problèmes comme cela. On a d’un côte des marchés où l’on a uniquement 2 ou 3 opérateurs et en face des millions de personnes. Les citoyens-consommateurs doivent disposer d’une arme pour se défendre et cette arme s’appelle les actions de groupe.

La seconde réside dans cette proposition de « super agrément » nécessitant pour les associations de gagner des « unités de reconnaissance ». Mais depuis quand est-ce à l’Etat de décider quelle association doit exister ou non ?

Je demande donc à Mr Novelli de revoir sa copie, de supprimer ce « super agrément » et  de mettre en place rapidement le principe des class actions en France, comme Nicolas Sarkozy s’y était engagé. A partir du moment où cela sera fait, les associations se regrouperont d’elles-mêmes pour peser d’avantage."

lepage-petite.jpgPour Corinne Lepage, députée européenne, les Assises de la Consommation, qui se tenaient aujourd’hui à l’initiative du gouvernement, « sont très décevantes, alors que le sujet est majeur. La montée en puissance du pouvoir des consommateurs, qui constitue en réalité le contre-pouvoir le plus puissant pour protéger la santé publique et assurer la protection du cadre de vie et des ressources naturelles, est une nécessité politique autant qu'économique » a-t-elle déclaré.

« Nous avons besoin d’un mouvement consumériste fort en France. 17 ou 19 associations de consommateurs c’est évidemment le bon moyen de diviser tout le monde et de n’avoir aucun pouvoir du consommateur face au producteur. Je suis donc favorable à tout ce qui peut renforcer le mouvement consumériste y compris en essayant de favoriser de très grandes associations comme c’est le cas dans d’autres pays. Renforcer les associations de consommateurs, oui mais ça veut dire dans le même temps leur donner d’avantage de droit et d’avantage de moyen au niveau de la justice. C’est la raison pour laquelle je défends le principe des class actions. Seule l'action de groupes, ouverte largement - sous réserve d'un encadrement très strict des avocats - peut permettre de rétablir un équilibre entre les producteurs qui veulent plus de liberté et des consommateurs qui veulent plus de sécurité et de juste prix. » a-t-elle ajouté.

« À moyen terme, bien loin d'être une menace pour l'activité économique nationale ou européenne, l'action de classe constitue au contraire un outil de moralisation des choix, d’allégement de la charge publique (qui en cas contraire est contrainte de payer pour les vrais responsables comme dans le cas de l'amiante ou du sang contaminé) et de pérennité des entreprises qui ont fait le seul choix qui vaille : celui de la soutenabilité », a-t-elle conclu.

[Mouvement Démocrate]

26/10/2009

Les Assises sont "une vaste fumisterie"

robert_rochefort_cre_16869s.jpgRobert Rochefort, ancien directeur du CREDOC, député européen Modem et spécialiste des questions de consommation, réclame la mise en place d'une "class action" pour les consommateurs.

E24: Pensez-vous que les Assises de la consommation vont pouvoir renforcer les associations de consommateurs, comme le souhaite le gouvernement?

Robert Rochefort : Ces assises sont une vaste fumisterie. La seule chose qui puisse renforcer le rôle des associations de consommateurs est de permettre les actions de groupe, une "class action". Depuis des années, elles n'attendent que cela.

Or, le gouvernement a reculé sur ce sujet car le MEDEF s'y oppose. Ce-dernier fait un double chantage: il ne veut ni d'une judiciarisation de l'économie, ni que cette réforme se fasse pendant la crise. La vraie raison est que les entreprises ont peur des actions de groupe.

Aujourd'hui, dans plusieurs secteurs, il n'y a pourtant plus que trois ou quatre opérateurs. Dans cette situation d'oligopole, la théorie économique a prouvé qu'il y avait forcément des ententes. En outre, les ventes sont de plus en plus compliquées. Dans ce contexte, les pouvoirs des consommateurs doivent être renforcés.

Et ce renfort passe nécessairement par la "class action", pour vous?

Evidemment et sur ce sujet il n'y a pas que le modèle américain, les actions de groupe au Canada sont par exemple plus raisonnables.

Je suis d'accord avec le MEDEF, il faut privilégier la médiation mais ce n'est pas suffisant. Aujourd'hui, quand vous n'arrivez pas à résilier un abonnement, vous ne voulez pas vous lancer dans une bataille juridique pour 15 euros. Dès que les actions groupées seront possibles, l'enjeu sera différent : 10.000 ou 15.000 consommateurs pourront alors attaquer l'entreprise en même temps.

Hervé Novelli souhaite attendre la position du droit européen avant d'autoriser la "class action". Où est en l'Europe sur ce sujet?

La commissaire européenne en charge de la protection des consommateurs, Meglena Kuneva, devait présenter un projet il y a deux semaines devant un collège de commissaires. Le texte n'est cependant jamais arrivé. Elle préfère peut-être laisser ce dossier à la Commission à venir.

Pour plus de lisibilité, elle ne veut pas que les actions de groupe soient intégrées dans la proposition de directive sur les droits des consommateurs européens, dont je suis rapporteur.

Le texte est en effet déjà très compliqué: il veut unifier les 27 droits nationaux de la consommation. Etudié depuis un an, il devrait arriver devant le Parlement européen l'année prochaine mais reste difficile à mettre en œuvre. Nous voulions harmoniser par le haut et prendre les dispositions du pays le plus protecteur mais les entreprises sont très réticentes.

Propos recueillis par Elsa Meyer

[E24]

29/09/2009

Il existe un autre chemin

abus-copie-1.jpg"Lorsque le jour sera venu, la vague qui dira non aux dérives subies depuis des années devra se renforcer d'une vague qui dit oui. Donnez‑nous à espérer, disent les citoyens qui n'aperçoivent aucune issue. Or l'issue existe. Elle n'est même pas difficile à trouver. Il suffit d'en formuler les grands axes pour qu'elle s'établisse, se charpente, et entraîne l'adhésion.

Cela sera dit en peu de pages. Parce qu'il y a peu de choix à faire. Depuis des années, les gouvernements interviennent trop. Trop de lois, trop mal écrites, trop de décrets, circulaires, règlements, annonces, plans, mesures.

Le premier choix à faire est celui‑là : la force d'un pays est‑elle dans son État, dans ses politiques, dans ses gouvernants, ou bien dans la société qui le forme? Notre réponse est celle‑ci: la force d'un pays est dans sa société. La mission de l’État est donc de donner confiance à la société, aux familles, à la démocratie locale, aux entreprises, aux associations.

Au lieu de l’État toujours mis en scène, s'exposant sous les projecteurs, j'affirme la nécessité d'un État sobre. Il faut donc des règles stables et peu nombreuses, indiscutables du point de vue de la justice, qui laissent vivre la société et non pas qui l'empêchent de vivre. Il faut des principes fondateurs, respectés dans la longue durée, de manière que la société puisse peu à peu for­mer les cadres de son action, s'adapter, se rénover, inventer, comme l’oiseau fait son nid, son nid à lui, sous la poutre, s'adaptant à la forme du bois. L’État, c'est la poutre, mais c'est l'oiseau qui fait le nid. Au lieu de l'État qui s'occupe de tout, je demande des décisions qui font charpente. Pour le reste, cessez d'empêcher les gens de vivre, de créer, de faire marcher leur maison: ils savent le faire mieux que vous. Arrêtez de vous mêler de tout, à temps et à contretemps, simplement parce qu'un sondage de plus est venu alarmer la meute fiévreuse des conseillers et des attachés de presse."

François Bayrou "Abus de pouvoir" chap.8 extrait

11/09/2009

Grand emprunt d'Etat : ces farceurs qui nous gouvernent...

A défaut de nous rassurer sur notre avenir, la gestion de la crise par MM. Sarkozy, Fillon et Woerth nous promet encore de belles tranches de rigolade. A côté de nos trois pieds nickelés de la gestion budgétaire, Bernard Madoff n'est qu'un aimable épicier de quartier. Jugez plutôt...

Le 20 avril, le gouvernement annonçait une révision du déficit budgétaire 2009 annoncé en décembre 2008 : 104 milliards au lieu de 79.   Plus 25 milliards en quatre mois : beau sens de l'anticipation.

Il annonçait alors un besoin de financement de 155 milliards sur les marchés financiers, 9% du PIB. Une paille. La signature de la France, c'est du béton, tonton !

Le 20 juin, tout juste deux mois après, notre ministre du budget nous informe que le déficit devrait tourner autour de 140 milliards d'Euros. Plus 36 milliards en deux mois : magnifique démonstration de la compétence exceptionnelle des énarques qui préparent les budgets. L'on peine à cacher une certaine impatience vis à vis des annonces du mois de septembre, et de la prime de Noël.

En gros, et en l'état actuel de la prévision, le déficit de l'état sera égal à la moitié de ses recettes fiscales : quand l'état perçoit deux Euros, il en dépense 3.

Ne soyons pas rabat-joie : si l'on tient compte de l'ensemble des recettes des collectivités locales et des différentes branches de la sécu, le déficit n'est plus que de 17% : pour 5 euros perçus, le secteur public n'en dépense "que" 6. Ouf, on respire. Le gouvernement préfère dire "7,5% du PIB", cela parait presque rassurant.

Sauf qu'il va falloir emprunter un tout petit peu plus que les 155 milliards prévus. Or, il se dit que certains emprunteurs se feraient tirer l'oreille sur les marchés internationaux. Sûrement une méchante rumeur colportée par de vilains bloggueurs ultra libéraux. La dette française est IN-SUB-MER-SI-BLE, si si, "ils" le répètent en boucle à la radio.

Pas de quoi effrayer notre président, qui nous annonce benoîtement le 22 juin  que pour faire face à nos problèmes de dette, pas question de promouvoir "la rigueur budgétaire", mais... qu'il va lancer un grrrrrand emprunt auprès des Français. Parce que jusqu'ici, je suppose, ce n'étaient pas des emprunts, notre dette, non non, juste des bons du trésor.

Comment ça, vous ne voyez pas la nuance ? Rassurez vous, au gouvernement non plus, mais une grrrrande campagne de comm' va nous persuader que cela n'a rien à voir. Rassurés ?

En gros, imaginez un ménage qui gagnerait 24 000 Euros par an (la moyenne, chez nous), qui en dépenserait 36 000, qui aurait déjà 140 000 Euros de dettes (compter 12 000 euros de remboursement annuel dont 5 500 en intérêts, et à taux variable en plus...), et qui irait voir son banquier en lui disant ceci :

"Euh, on s'était trompé dans notre budget prévisionnel, on va claquer  7900 euros en trop cet année, ah, pardon, 10400, ah euh, désolé, 14 000, oui, je sais, pour la comptabilité, on est un eu à la ramasse,

Mais bon, on a une super idée pour passer l'hiver, on va faire un nouvel emprunt, mais  promis, juré, craché, "cet emprunt financera des investissements utiles, et pas le mauvais déficit que nous avons accumulé avant". Comment ça, je me fous de votre gueule ?

Non, je vous jure que cette fois ci, on va pas claquer tout ce pognon dans nos dépenses courantes, on va financer des dépenses uuhhh-tiiiiiles.

Uh-tiiles, quoi... Tiens, on va mettre une éolienne dans notre jardin, pour économiser le CO2. Et on va acheter une nouvelle cage pour le hamster ! Après ça, on fera tellement de croissance que vous pleurerez pour nous reprêter encore plus de pognon !

Comment ça, un plan de rigueur pour nos comptes ? Vous n'y pensez pas, tout de même. Il ne manquerait plus qu'on nous demande de faire preuve de retenue. On relance la consommation, nous ! Et en plus, notre dette est notée AhAhAh par Fichtre, Standard et Pauvres, et Goofy's.


Que dirait le banquier, à votre avis ?

Ton crédit ? Dans ton cul !

En l'occurrence, le gouvernement voudrait que le banquier, ce soit moi. Quels farceurs, tout de même.

 

[Objectif Liberté]

18/06/2009

Allégorie de la colère

La colère, maladie ou symptôme ? La colère, encensée par le révolutionnaire (qui en fait un rempart contre l'injustice sociale), est suspecte si elle s'empare de l'homme aux idées moyennes. Elle le stérilise, le livre tout entier à autrui. Celui que l'on peut faire "exploser" montre de lui-même qu'il lui manque, du côté de l'âme, la faculté de contrôle qui fait tout l'homme. A-t-on dit que, dans l'escarmouche tragique qui opposa François Bayrou à Daniel Cohn-Bendit, l'un comme l'autre ont cédé à la colère ? Bayrou s'est laissé aller à la dénonciation, Cohn-Bendit a versé dans l'injure jubilatoire. Episode peu glorieux où tous deux étaient emportés par la colère. Mais celle de Bayrou, au soir de la défaite, s'est transformée en aveu grimaçant de faiblesse; celle de Cohn-Bendit, transfigurée par la victoire, est devenue audace, espièglerie, écho attendri de ce "Dany" photographié en 68, rouquin goguenard défiant les CRS.

02181028-photo-clash-bayrou-cohn-bendit-le-4-juin-2009-sur-france-2.jpg"Bayrou contre Cohn-Bendit, ou le sens d'une escarmouche"

Des deux côtés, l'accumulation primitive de la colère, éclatant en plein débat public, était évidente. Chacune rencontrant ou non un ressenti populaire, "ressentiment" offert en spectacle avec invitation à faire son choix : le blême ou le fâché tout rouge ? François Bayrou avait giflé un enfant, espiègle justement, qui "lui faisait les poches". Le geste était fort, adulte, d'une curieuse virilité : c'était pendant la présidentielle de 2002, comme une répétition, anecdotique, d'une posture perdante à venir. Nul doute que, sur ce plateau de télévision, ce théâtre où les rôles se distribuent en direct, Cohn-Bendit a choisi celui de l'enfant faiseur de poches. La posture "révoltiste", pulsion bien française, teintée d'infantilisme (cette tendance chez tout le monde "à se plaindre de tout le monde", dit Sloterdijk), correspondait à l'attente d'un électorat peu décidé, mollasson face à l'Europe. Le thème écologique, avec ses accents apocalyptiques et sa culpabilisation floue, a récupéré ce ressentiment diffus, au point que les idées centristes elles-mêmes, ou du moins celui qui les incarne, sont passées pour violentes. Mais l'allégorie, qu'on pourrait appeler "Europe et la Colère", serait incomplète sans le personnage de fond de scène, qui, au théâtre, "récupère", cet acteur principal qui sait quand il faut "sous-jouer" alors que les autres s'époumonent. Sarkozy, comparé à Louis de Funès, est désormais de plus en plus Gabin, Ventura, et c'est à lui, ou en tout cas au statu quo dont il a besoin pour poursuivre ses réformes, que la colère a profité.

 

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04:21 Publié dans Itinéraires, Opinion(s), Scrutins | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bayrou, modem, europeennes, debat, cohn-bendit, clash | | |  Facebook |

27/12/2008

Retraites Madoff

madoff_web.jpgcharles-ponzi-tm.jpgL'affaire Bernard Madoff a remis sur l'avant scène le nom de Charles Ponzi, qui a bien injustement donné son nom aux escroqueries de type cavalerie financière dans les années 20, car les premières escroqueries de ce type connues remontent bien plus loin (on trouve des traces de fonds pyramidaux à Venise à la renaissance).

Le principe est simple : un gérant de fonds vous promet un rendement supérieur à la normale, et, ne pouvant obtenir effectivement un tel taux, il rémunère les épargnants avec l'argent des nouveaux entrants. Tant que les nouveaux sont toujours plus nombreux que les anciens, la pyramide tient debout. Seul problème, lorsque  les clients sont nombreux à vouloir retirer leurs billes, le système s'écroule. Une chaîne de Ponzi repose avant tout sur des promesses intenables.

Il est trop tôt pour chiffrer les pertes des investisseurs floués par Madoff, mais il est question de quinze à vingt milliards de dollars (pour un fonds censé en valoir 50), soit encore, en "nouvelles unités financières", un General Motors ou 0,66 Crédit Lyonnais. Pas une petite arnaque de rien du tout, donc.

Mais, "wait a minute", comme on dit dans les réunions de travail des multinationales du bouchonnois. Un système où on promet à ceux qui cotisent un retour sur cotisation intenable à terme, qui ne tient que par la grâce de l'expansion démographique, où l'argent des derniers arrivants sert à payer la promesse faite aux premiers, et dont les prestations ont été plusieurs fois revues à la bais(s)e, cela ne vous rappelle rien ?

Et oui : notre système de retraites. Voici ce que j'écrivais il y a quelques mois:

Imaginez une caisse d'épargne qui vous propose de rémunérer votre épargne à 8% sans risque (le double des emprunts d'état à 10 ans !), mais qui pour ce faire, se contente de rémunérer vos comptes avec les dépôts des nouveaux épargnants. Ce système, bien évidemment insoutenable dans le temps, a pour nom «cavalerie financière», «boule de neige» ou encore «arnaque de Ponzi». Il est viable tant que le nombre de nouveaux épargnants connaît une croissance forte. Il s'écroule et fait faillite lorsque le nombre d'entrants dans le système baisse et le nombre de sortants réclamant leurs intérêts augmente. La promesse de rémunération n'est qu'une fausse promesse. Un faux droit.

Notre système de retraite: une gigantesque arnaque de Ponzi !

De tels dispositifs sont interdits par le code civil depuis 1804, bien qu'à l'époque, Charles Ponzi ne leur ait pas encore légué son patronyme (l'arnaque qui le rendit célèbre fut montée en 1920). Pourtant, le système de retraite que nous venons de décrire fonctionne exactement comme une chaîne de Ponzi.

Ses instigateurs n'ont pas pu prévoir, en 1945, que l'espérance de vie croîtrait dans de telles proportions, et que les années 60-70 marqueraient l'essor de la contraception, marquant un changement décisif dans la structure démographique du pays. Mais dès la fin des années 70, des économistes ont alerté les pouvoirs publics sur les conséquences de ces changements, et les modifications qu'ils impliquaient.

Malheureusement, par manque total de courage politique, aucun pouvoir n'a voulu s'y attaquer, le comble de la démagogie étant atteint par François Mitterrand qui a, en parfaite connaissance de cause (l'homme était tout sauf bête...), abaissé l'âge de la retraite de 65 à 60 ans, dégradant brutalement le rapport actif/retraités, tellement essentiel pour le bon financement de la répartition...

Il est trop tôt pour chiffrer les pertes des salariés floués par nos retraites Madoff. Mais il est question, selon un obscur "Conseil d'orientation des Retraites",  d'un déficit de 24 Milliards d'euros en 2020 et de 70 Milliards de brozoufs en 2050 (à ce train, l'Euro ne vaudra plus un clou en 2050...). Soit encore, en nouvelles unités financières, 1 à 3 Madoff, bref, beaucoup beaucoup de pognon... Et nous ne sommes que la petite France.  Car la même arnaque est officiellement en usage dans de nombreux autres pays, à commencer par les USA, ou les déficits à terme du système de social security (la retraite) atteindraient plus de 120 madoffs.

Aux dernières nouvelles, aucun des politiciens qui ont créé, géré, renforcé et fait l'apologie de ce vaste schéma de Ponzi n'a été inquiété par la justice. Certains ont même des rues à leur nom. En France, tous les rapports et livres blancs écrits pour dénoncer cette arnaque ont valu à leurs auteurs disgrâce politique et malédiction syndicale. Des cohortes de politiciens, de syndicalistes, et de gogos abreuvés de propagande "ponziste" vouent un véritable culte au système, et malheur à qui voudrait le réformer dans ses principes.

Et oui, si Bernard Madoff avait été fonctionnaires du "service public", il serait une figure symbolique des acquis sociaux conquis de haute lutte par les travailleurs spoliés par le grand méchant capital. Peut-être aurait il une place, un square, ou une fontaine publique à son nom quelque part. On rebaptiserait un col des alpes le "Grand Saint Bernard Madoff".

La finance privée est complètement folle. Les finances publiques sont complètement Madoff !

[Objectif Liberté]

10/12/2008

25 000 milliards de dollars sont-ils vraiment "partis en fumée" ?

20081026monde.jpgLe Monde titrait "Bourses : 25 000 milliards de dollars partis en fumée", article repris par Yahoo, avec la bonne photo du trader déconfit qui va bien. Deux mots là-dessus.

Si je vous vends aujourd'hui un vélo rouge (avec pare-boue chromé) 100€ et que vous le passez sous un rouleau-compresseur dans un mois, vous avez perdu un vélo et il est parti en fumée. Les 100 euros, eux, sont toujours là, mais c'est moi qui les ai. Si quelqu'un récupère la carcasse et vous en donne 10€, vous avez perdu un vélo et récupéré 10€. Si celui qui récupère la carcasse la transforme en lampe design et la revend 90€, il gagne 80€ et quelqu'un a une lampe. Les 100€, je les ai toujours et la lampe existe. Dans cette histoire, je ne vois qu'un perdant : vous. Vous aviez 100€ et vous n'en avez plus que 10. Je vous ai vendu la promesse d'une promenade en vélo, vous l'avez acceptée et, hélas, tout ne s'est pas passé comme prévu pour vous.

Aucun billet de banque n'a été brûlé ou maltraité dans cette petite histoire.

Sortons de cette parabole et voyons-en une autre un peu plus proche de la réalité : s'il y a un mois j'avais acheté tous les titres de tous les indices du monde, cela m'aurait à peu près coûté 100 000 milliards de dollars. Si je les revendais aujourd'hui, j'en tirerais 75 000 milliards, donc j'en perdrais 25 000 milliards. Pour moi, ces 25 000 milliards sont perdus, mais ils ne sont pas partis en fumée, puisque je les ai bien payés à mes vendeurs du mois dernier. Du reste, quelqu'un a encore les titres, un peu comme mon designer a votre vélo.

Ca, c'est aujourd'hui. La vraie question est de savoir ce que deviendront les actifs réels cachés derrière les cours des bourses mondiales.
Si la crise boursière se traduit par une chute ou un gros ralentissement de l'activité réelle, on pourra chiffrer les pertes sociales du krach. Mais elles seront mesurables dans des ordres de grandeur totalement indépendants des 25 000 milliards évoqués.

En conclusion, l'image est frappante et commune dans les media. Et, après tout, oui, il y a bien eu une perte énorme pour certains, mais, à ce jour, pas pour l'ensemble.

[Econoclaste]

19:30 Publié dans A la Une, Libéralisme et économie, Opinion(s) | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : bayrou, modem, crise, financiere, medias, econoclaste | | |  Facebook |

08/12/2008

Biais médiatiques dans le traitement de la crise financière

La crise financière n'est pas un sujet facile à traiter par les médias : elle impose de décrire et de comprendre des phénomènes abstraits et compliqués, des évènements rapides, dans le temps et l'espace courts qui caractérisent le travail journalistique. Dans ces conditions, on trouve des journalistes qui font un travail correct. Il n'en reste pas moins que de façon massive, le traitement de la crise financière est biaisé par des tendances qui ne sont pas seulement irritantes : elles conduisent à mal informer sur la situation et les enjeux. Voici quelques-uns de ces biais, pas forcément dans l'ordre.

- Le premier biais est la focalisation sur les indices boursiers, comme le CAC 40. Les sites des journaux, sur leur page "spéciale crise financière" nous infligent des tonnes d'images de courtiers s'arrachant les cheveux, et surtout, semblent guetter minute par minute la moindre fluctuation des indices (et en ce moment, ils sont servis). La "baisse de la bourse" semble être l'alpha et l'oméga de la crise financière, qui ne se réduit qu'à cela. D'où vient ce biais? Selon moi, du biais de disponibilité, car les indices boursiers sont accessibles aisément et "racontent une histoire", permettent d'avoir un suspens (comment va réagir Tokyo demain? que va faire New York à 15h?) et de donner l'illusion d'un phénomène qui peut être narré.

L'autre biais, c'est qu'étant donnée leur clientèle, de nombreux journaux ou services spécialisés dans ceux-ci se contentent, à longueur de temps, de fournir des conseils et de l'information boursière aux investisseurs. Cela pouvant aller jusqu'à la caricature (ha, les listes interminables de titres du CAC, sur le thème de "Valeo monte MAIS Vallourec baisse...) avec des masses de chiffres indigestes infligés tous les quarts d'heures sur certaines chaînes. Quand on consacre son existence à un sujet aussi dépourvu d'intérêt, il est nécessaire de se persuader que cela a de l'importance.

Reste enfin la possibilité d'une simple méconnaissance historique : la "crise de 29" a commencé par un krach boursier, donc les krach boursier, c'est très grave. C'est oublier qu'il y a eu depuis 29 de nombreuses journées de baisse très forte des indices boursiers (en 87 par exemple) sans la moindre conséquence concrète. La crise de 29 a été une crise du crédit, avec l'effondrement du système bancaire américain par dominos successifs, provoquant des faillites d'entreprises en cascade, se répandant d'état en état. Le krach boursier n'a été grave que dans la mesure ou il a provoqué la crise bancaire et l'effondrement du système de crédit : de nombreuses banques avaient accordé des prêts trop importants pour que des gens achètent des titres, "parce que la bourse ne peut que monter" - tout comme on a prétendu pendant les 10 dernières années que l'immobilier ne pouvait pas baisser.

Dans la crise actuelle, les fluctuations des indices boursiers n'ont aucune conséquence, et ne traduisent que très médiocrement le degré de crise. Les éléments les plus importants à suivre sont les credit default swaps - ces produits dérivés de crédit offrant une "assurance" contre le non-remboursement d'un crédit, représentant un volume total de 60 000 milliards de dollars (certes beaucoup de ce volume représente des transactions comptées plusieurs fois, mais le total réel reste de l'ordre de la dizaine de milliers de milliards). L'augmentation très forte du prix des CDS sur certaines entreprises - notamment les banques - est un bien meilleur signe de l'inquiétude et de la paralysie du système financier que les cours de bourse : cela traduit tout simplement la probabilité perçue de non-remboursement des dettes de cette entreprise. Allez voir n'importe quel blog ou site sérieux sur la finance, vous trouverez cette information.

L'autre indice est le TED spread, l'écart entre le taux du marché interbancaire (le LIBOR) et celui des bons du trésor à trois mois du gouvernement américain (les T-Bills). Pourquoi cela est-il important? Parce que les obligations publiques sont considérées comme "sans risque"; l'écart entre le taux interbancaire et ce taux est donc l'indicateur de la prime de risque perçue par les investisseurs. Plus cet écart est grand, plus cette prime de risque est forte, témoignant d'une paralysie du crédit, sauf à des taux très élevés. Le TED spread, en ce moment, bat des records. C'est cela qui devrait faire la une de la presse spécialisée.

Mais les indices boursiers n'ont-ils pas de conséquences sur la vie réelle, sur le fonctionnement des entreprises? Pas tant que cela. Une action reste fondamentalement la promesse de bénéficier tant qu'on la détiendra d'une part des bénéfices d'une société; et un instrument de contrôle sur celle-ci. Lorsque les cours d'une entreprise baisse, cela signifie qu'elle devient rachetable, c'est pour cela que les dirigeants se préoccupent de celui-ci; lorsque tous les cours baissent, tout le monde est à la même enseigne. Et les gens qui ont acheté des actions, et qui en ce moment perdent beaucoup d'argent? C'est oublier que lorsqu'il y a un vendeur, il y a aussi nécessairement un acheteur. La baisse des cours boursiers, de ce point de vue, est avant tout un mécanisme redistributeur qui avantage les gens qui veulent constituer un patrimoine (les jeunes, le plus souvent) et pénalise ceux qui en ont un et qui le cèdent progressivement (les vieux). A l'inverse, la hausse des cours avantage les vieux et pénalise les jeunes. On peut en dire autant des prix de l'immobilier, dont la baisse n'est certainement pas grave (surtout après avoir lu pendant une décennie le malheur des descendants de baby-boomers, obligés de se saigner pour acquérir un logement). Il faudrait de ce point de vue cesser de commenter les baisses boursières à coup de "2000 milliards de dollars sont partis en fumée la semaine dernière à Wall Street"; une crise boursière n'est pas un bombardement stratégique détruisant physiquement des actifs, mais un transfert de valeurs de certains individus à d'autres.

C'est pour cela qu'on aurait bien besoin, en ce moment, de beaucoup moins de tiercé boursier dans les médias, et de beaucoup plus d'explications claires. La baisse de la bourse n'est pas un problème majeur : l'effondrement du crédit, lui, a des conséquences potentiellement dramatiques sur toutes les économies, en risquant d'en provoquer la paralysie.

- Le second biais est le biais chauvin. Que n'aura-t-on entendu que la crise actuelle est "la crise des subprimes" (histoire de donner un mot anglais, en général expliqué ensuite de façon approximative, pour bien rappeler que ce genre de choses, c'est pas-de-chez-nous). Ce chauvinisme a conduit les commentateurs à reproduire fidèlement le discours "nuage de Tchernobyl" selon lequel la crise, c'est pour les autres, pas pour nous, que les banques françaises sont saines, etc, etc. Ou que les ménages français n'ont pas de problème, sont moins endettés que les autres, qu'en France, la hausse des prix immobiliers relève des "fondamentaux", que chez nous, c'est pas comme chez les autres parce qu'on est plus intelligents. Dernier exemple en date, les articles pleins de Schadenfreude qui décrivent la situation Islandaise - voir Geographedumonde sur le sujet.

Il faudrait rappeler quelques vérités élémentaires : la crise actuelle est née d'une bulle immobilière, et la bulle immobilière a été mondiale. La hausse du prix de l'immobilier en France, et dans de nombreux pays d'Europe continentale, a été plus forte qu'aux USA, ce qui signifie que le rééquilibrage de cette bulle sera au moins aussi long et douloureux chez nous que là bas. Il est vrai que cette bulle a soigneusement été entretenue par les auteurs de numéros "spécial immobilier" qui expliquaient que promis-juré, l'immobilier ne peut pas baisser.

L'expansion du crédit a été généralisée; si elle est moins virulente pour les ménages français (encore que des surprises sont à attendre du côté des crédits-relais immobiliers) l'application de prêts exotiques a touché d'autres secteurs chez nous, notamment les collectivités locales (avec Dexia). Récemment, un posteur sur le forum d'éconoclaste, employé d'une collectivité territoriale, décrivait sur celui-ci un prêt aux caractéristiques complexes, à taux révisable, et se demandait si cette offre mirobolante cachait un piège. Je suis heureux que les contributeurs du forum l'aient incité à la prudence, mais combien de collectivités locales sont actuellement aux prises avec des emprunts n'ayant rien à envier aux pires pratiques des courtiers immobiliers américains?

Le biais chauvin a ainsi conduit les commentateurs à continuer de répéter que les banques françaises étaient "saines" sans réflechir au fait qu'elles ont, comme les autres, conservé ou acheté des produits de titrisation de crédit, sur lesquels elles subiront des pertes; et d'oublier de rappeler que si le département du trésor américain n'avait pas sauvé AIG, de nombreuses banques françaises seraient aujourd'hui dans la panade la plus noire. Il faudrait surtout rappeler qu'une banque "à l'abri", cela n'existe pas : toutes les banques, même si elles n'émettaient de crédit qu'à hauteur de leurs dépôts, peuvent tomber en cas de bank run. A un autre niveau, même un currency board n'a pas sauvé la banque centrale d'Argentine.

Le troisième biais est le biais idéologique. On ne manque pas de commentateurs pour nous expliquer que nous sommes face "à la crise du libéralisme" (anglo-saxon, cela va de soi : cf point ci-dessus) auquel d'autres répondent "crise de l'étatisme, la faute aux banques centrales"; le tout sur fond de "nous vivons le plus grand changement d'époque depuis la chute du mur de Berlin" et autres "c'est la fin des années Thatcher-Reagan", pour conclure sur "nous allons assister au retour de l'Etat" contre la "finance folle".

Lorsqu'un commentateur inflige un article de ce style, comprenant ce genre d'expressions boursoufflées, et essuyant ses bottes sur la finance ou les gouvernements, inutile de le lire ou de l'écouter : cet article vous informera beaucoup mieux sur les préjugés et la prétention de son auteur, ainsi que sur son degré d'ignorance historique et économique, que sur la réalité des faits. Je ne sais pas d'où vient ce goût pour les grandes phrases creuses, pour les discussions à base de larges concepts mal compris, totalement déconnectés de la réalité : probablement de la sociologie du monde journalistique, dans lequel celui qui fait un vrai travail (s'informer et informer ses lecteurs ou spectateurs sur la réalité) est systématiquement moins bien considéré que celui qui raconte sa vision du monde dans des éditoriaux grandiloquents. A moins que cela ne provienne de la paresse des spectateurs : dire "finance folle" est un raccourci bien commode pour s'épargner la difficulté à comprendre le réel et sa complexité (à quoi bon comprendre la folie?). Se limiter à des discussions "rôle de l'Etat" vs "marché dérégulé (et fou)" c'est éviter de se souvenir que l'activité financière est l'une des plus réglementées au monde, et que le problème n'est pas "plus ou moins de réglementation" mais quelles réglementations sont appropriées, et quels mécanismes font que les réglementations réelles s'en éloignent - des mécanismes qui impliquent un jeu complexe d'influences et de choix en situation d'information très limitée. Peut-être que les gens sont rationnellement ignorants sur le sujet : si l'on en juge par les commentaires postés sur les sites des principaux journaux, ce genre de verbiage a de nombreux adeptes.

En tous les cas, ces pseudo-raisonnements schématiques ne contribuent pas à la compréhension de la crise. C'est ce genre de raisonnement qui a conduit à faire croire que le plan Paulson adopté (l'intervention miraculeuse de l'Etat) allait résoudre les problèmes, au détriment d'une analyse rigoureuse du plan et de ses limites (pourtant amplement fournie par le biais d'internet et des pages personnelles d'économistes) et de la nature de la crise. Il y a des journalistes qui cherchent à échapper à ces biais, qui s'ils commettent parfois des erreurs, font un réel effort d'explication et de compréhension; il est regrettable que leur travail passe au second plan, derrière le tiercé cac-40, derrière le "c'est les autres c'est pas nous", et après les discours idéologiques fétides.

[Econoclaste]

00:14 Publié dans A la Une, Libéralisme et économie, Opinion(s) | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : bayrou, modem, crise, financiere, medias, econoclaste | | |  Facebook |

19/11/2008

Sortir de la crise (1): passer d'une société du crédit à une économie du capital

Dans une précédente note, j'ai affirmé que l'état aurait tout intérêt à ne pas chercher à passer le cap de la crise qui s'annonce pour les entreprises en subventionnant ou forçant l'octroi d'un surplus de crédit, mais au contraire devrait s'attacher à ce que les mécanismes de l'économie favorisent la collecte et la formation de capital. Il est temps de passer à la démonstration.

Voyons d'abord pourquoi la perception du bon niveau d'équilibre entre capital et crédit est aujourd'hui dangereusement distordue, une fois de plus, par des dispositions étatiques de diverse nature. Cela va nous obliger à un petit détour, aussi simple que possible, par un sujet un peu ardu, la comptabilité des entreprises.

Les bases du bilan d'une entreprise

Pour ceux qui n'ont jamais fait de comptabilité -- les bienheureux -- voici une présentation ultra-simplifiée d'un bilan d'entreprise. Le bilan est le document comptable qui indique, à un instant T, quelle est la situation du patrimoine de l'entreprise. Cette situation se caractérise par d'un côté des ressources financières (généralement appelées "passif", mais je m'en tiendrai au terme de ressources financières, plus intuitif), de l'autre côté des usages qui en sont faits, appelés "actif" (terme retenu pour la suite) ou "emplois".

Si les ressources financières sont inférieures aux actifs, alors la différence est ajoutée aux ressources : c'est le bénéfice. Le bénéfice traduit le fait qu'avec un certain niveau de ressources financières au départ, vous avez créé un actif de valeur supérieure. Mais si les ressources financières sont supérieures à l'actif, cela veut dire qu'elles ont été mal employées par l'entreprise, qui est alors déficitaire: un déficit égal à la différence est inscrit à l'actif de l'entreprise. Il résulte de cette convention que les ressources financières d'une entreprise + son bénéfice (ou moins son déficit) sont toujours égales à la valeur des actifs à un instant T.

Balance sheet

La question qui se pose est donc de savoir si l'entreprise, pour financer son activité, a intérêt à se reposer uniquement sur du capital, ou au contraire à compléter ses ressources par du crédit, et jusqu'à quelle proportion.

Or, le crédit et le capital sont deux ressources financières de nature différente.

Différences de nature et de rémunération entre crédit et capital

Ces deux ressources nécessitent une rémunération: le crédit est rémunéré sous forme d'un intérêt, fixé par contrat, exprimé en pourcentage annuel de la somme empruntée. Le capital sera rémunéré sous forme de dividendes, que l'entreprise versera en fonction de ce qu'elle aura gagné. Les mauvaises années, le dividende peut être nul. Les bonnes années, il augmentera plus vite.

Surtout, le crédit est remboursable, alors que, dans le cas général, le capital ne l'est pas. Cela veut dire que le prêteur (celui qui fournit le crédit) est à peu près sûr de revoir son argent si l'entreprise ne fait pas faillite, alors que l'investisseur peut voir, si l'entreprise fait de mauvaises affaires, le cours de ses actions chuter, voire perdre son capital.

En contrepartie, l'actionnaire peut espérer revendre ses parts avec une plus value élevée si l'entreprise se montre capable de créer beaucoup de valeur. En outre, il est propriétaire de l'entreprise et associé aux risques qu'elle prend: il peut donc participer aux décisions stratégiques qui rythment la vie de l'entreprise, alors que le créancier, sauf faillite, ne le peut pas.

L'actionnaire court plus de risques: il attend donc une rémunération plus élevée de son capital. Cette rémunération est à la fois constituée du dividende et de la plus value latente de son investissement, plus value qui deviendra réelle lorsque il aura revendu ses titres, s'il y parvient.

Au contraire, le prêteur court un risque moins élevé. Il réclamera donc une rémunération de son argent plus faible. Cette rémunération sera égale à celle qu'il aurait réclamé au plus sûr de tous les emprunteurs, augmentée d'une prime de risque, souvent appelée un "premium", surcroît de taux d'intérêt correspondant à la couverture du risque de faillite de l'entreprise.

Pour des raisons diverses, ce sont les états les plus riches, c'est à dire ceux qui sont capables de générer les plus gros flux financiers par l'impôt, qui sont -- jusqu'ici, mais ce n'est pas immuable ...-- considérés comme les emprunteurs les plus sûrs, du moins tant que la gestion financière de leur trésor public est sérieuse. Si votre entreprise est considérée comme très sûre, les prêteurs réclameront une prime de risque assez faible par rapport au taux qu'ils exigent de l'état. Par contre, si vous êtes une PME en phase de démarrage, les prêteurs se baseront sur leur expérience du taux de défaillance d'entreprises telles que la votre et exigeront un premium plus élevé, à partir d'un calcul de la probabilité du risque que vous représentez. Naturellement, si le prêteur, une banque ou une assurance, se trompe dans l'estimation des risques, il proposera un taux trop faible, et se retrouvera lui même en grande difficultés si les premiums encaissés ne couvrent pas la totalité des défaillances enregistrées.

Quel effet de levier ?

La capacité d'une entreprise à gagner de l'argent est directement liée à la quantité et la qualité de ses actifs: quantité et qualité des usines, des marques et des savoir-faire, des brevets... Accumuler ces actifs demande donc de fortes ressources. Donc, plus vous augmentez vos ressources, plus vous augmentez votre capacité de gagner de l'argent plus tard.

Naturellement, vous pouvez augmenter vos ressources de trois manières: en thésaurisant une  partie de vos bénéfices, qui sont alors incorporés aux capitaux propres les années suivantes, ou en ouvrant votre capital à de nouveaux investisseurs, ce qui signifie diluer votre propre part, ou enfin, aller l'emprunter, en général à votre banque.

Plus vous aurez recours au crédit, et plus vous aurez la possibilité d'augmenter vos ressources, et donc votre capacité à créer des actifs de valeur. Or, la rémunération du crédit est moins élevée que celle du capital: il est donc tentant de croire que les entreprises ont intérêt à privilégier le crédit sur le capital. En poussant la logique jusqu'au bout, une entreprise opérant avec quelques pour cent de fond propres et plus de 80% de fonds empruntés aurait une rentabilité de ses fonds propres maximale. De tels chiffres se rencontrent parfois... Dans la banque !

Fort heureusement, les entreprises non financières ont des ratios de dettes sur fonds propres beaucoup plus raisonnables ! Généralement, les fonds propres d'une entreprise saine représentent plus de 50% de ses ressources.

On lit donc souvent que le crédit opère un "effet de levier" permettant de démultiplier la rentabilité du capital. Nous verrons que cette affirmation doit être fortement nuancée. Mais patience...

Pourquoi est il si important d'avoir des fonds propres suffisants ?

Revenons à notre bilan d'entreprise (rappel: "passif" = "ressources financières").

Balance sheet

Le capital n'est pas remboursable, la dette l'est: lorsqu'une partie de votre dette arrive à échéance, vous devez donc la rembourser:  vos ressources (le passif) diminuent. Si vous parvenez à remplacer cette ressource par une autre, d'un montant équivalent, pas de problème, vous ne devez pas prélever sur vos actifs pour y parvenir. Et si vous gérez bien, que le contexte économique est bon, que vous n'avez pas connu d'incident de paiement et que votre activité est profitable, il y a fort à parier que ceux qui vous prêtent de l'argent vous renouvèleront leur confiance, et vous prêteront à nouveau la somme nécessaire. Et plus cette somme est faible, plus ce sera facile.

Mais si, pour quelque raison que ce soit, vous ne pouvez pas réemprunter, alors vous devrez taper dans vos actifs pour payer vos dettes, ou augmenter votre capital pour pouvoir maintenir vos ressources en activité. Bref, vous l'avez compris: si  votre endettement est plus élevé, vous courrez un risque plus grand soit :

  •  
  • de vous trouver à court de trésorerie : vous risquez la clé sous la porte, vos actionnaires perdent leur argent, et votre prêteur perd une grande partie de l'argent que vous lui deviez.   
  • de devoir  revendre des actifs de valeur, ce qui obère votre capacité ultérieure à gagner de l'argent, et donc réduit la valeur de votre capital et appauvrit vos actionnaires.  
  • de devoir appeler au secours de nouveaux investisseurs, qui, évidemment, pour vous sauver, exigeront que les actionnaires actuels leur laissent une grande part du capital, ce qui réduira donc la valeur des parts de vos premiers actionnaires.

Bref, vous l'avez compris: plus vous avez de dettes, plus les risques de défaut à échéance augmentent, et plus vous faites courir de risques à la fois à vos prêteurs, et à vos actionnaires. les prêteurs réclameront donc une rémunération plus élevée et du crédit, dont le taux d'intérêt exigé augmentera, ce qui, du coup, réduira la part distribuable des actionnaires, alors que ceux ci courront un risque plus élevé ! En conséquence, les actionnaires risquent de réclamer plus de dividendes et moins de réinvestissement des profits pour compenser le risque pris --il est moins risqué de toucher l'argent immédiatement--, ce qui diminuera la capacité ultérieure de financement  de l'entreprise... Au détriment de la croissance à long terme de la valeur des actions !

Bref, si, vu du côté de ceux qui amènent des ressources, l'investissement en capital est plus risqué  que l'investissement en crédit, la relation au risque est inverse vu du chef d'entreprise: celui ci augmente son risque lorsqu'il augmente sa dette.

Tout l'art du manager consiste donc à déterminer le bon niveau d'effet de levier: quel est le bon niveau d'emprunt pour augmenter la rentabilité du capital, et quel est le niveau d'endettement à ne pas dépasser pour ne pas se retrouver en cessation de paiement ?

Or, malheureusement, une fois de plus, le calcul est influencé par l'état, et ce dans pratiquement tous les pays du monde, et de deux façons. La première distorsion, permanente, est la structure fiscale appliquée aux gains des entreprises. La seconde, plus conjoncturelle, est liée à certaines politiques de certaines banques centrales, à certains moments. Cet article s'en tiendra aux questions fiscales, les questions liées aux banques centrales, bien qu' importantes,  seront approfondies dans des publications ultérieures.

Dans un monde sans taxes, le recours au levier n'aurait aucun... intérêt !

Alors que la finance d'entreprise avait largement intégré les logiques d'effet de levier, il y a environ 50 ans, deux économistes ont brillamment démontré que dans un marché sans distorsion fiscale ou réglementaire (je simplifie un peu, pour des raisons pédagogiques), il n'y avait strictement aucun intérêt à recourir à l'effet de levier par le crédit pour augmenter la valeur de l'entreprise pour l'actionnaire.

Franco Modigliani et Merton Miller obtinrent chacun un prix Nobel d'économie pour cette démonstration qui paraît de prime abord contre-intuitive. Je vous passe les calculs (voir Wikipedia), mais en voici le principe, qui découle de ce qui précède:

Lorsque, pour un montant de ressources donné, vous augmentez votre ratio Dette/Fonds Propres (D/F), alors, initialement, vous augmentez votre capacité à rémunérer vos fonds propres (la qualité de vos actifs ne dépend pas de votre structure de financement), puisque vous servez une moindre rémunération à la dette.

En contrepartie, nous l'avons vu  plus haut, comme vous augmentez les risques courus et par vos prêteurs, et par vos actionnaires, le taux exigé par vos créditeurs va augmenter, et la rémunération immédiate du capital exigée par vos actionnaires va augmenter aussi. Il en résulte que le coût de vos ressources augmente globalement: Miller et Modigliani ont montré que dans un marché des capitaux  "parfait", c'est à dire sans taxes, sans lois influant sur les choix des uns et des autres, et en toute transparence d'information entre prêteur et débiteur, alors la hausse de la prime de risque annulait les bénéfices de l'effet de levier.

Par conséquent, dans un tel marché parfait, il n'y aurait aucun intérêt, sans jeu de mot, à avoir recours au crédit pour augmenter la valeur de son capital investi.

Dans le monde réel, les distorsions opérées par l'état avantagent le crédit !

Mais alors, pourquoi est il à ce point fait appel au crédit par les entreprises, et plus encore par les banques ? Parce que le marché n'est jamais parfait, pour sûr. Mais qu'est-ce qui conduit à son imperfection ?

Certes, l'une des réponses pourrait être que les investisseurs prêts à prendre des risques en capital n' ont pas les poches infiniment profondes, et qu'au delà d'un certain niveau d'investissement, l'entrepreneur ne trouvera plus en face de lui que des gens préférant les rendements plus faibles du crédit, à l'insécurité du placement en capital. C'est exact.

L'on pourrait aussi envisager que le crédit est un moyen pour l'entrepreneur d'augmenter ses ressources sans partager le pouvoir avec d'autres actionnaires : cela peut jouer en faveur du crédit, indiscutablement.

Les impôts faussent le calcul économique, (1)

Mais la principale conclusion dérivant des travaux de Modigliani et Miller est que la structure de la fiscalité appliquée aux entreprises est le principal facteur d'encouragement à l'effet de levier.

En effet, dans pratiquement tous les pays du monde, l'impôt sur les société est prélevé sur un résultat brut, qui résulte de la valeur ajoutée créée par l'entreprise (ce qu'elle a vendu moins ses achats) à laquelle il faut enlever la dépréciation de ses actifs (les usines, les machines, et les brevets, en vieillissant, perdent de la valeur...), les coûts salariaux, certaines taxes autres que l'impôt sur les sociétés (en France, l'énorme Taxe Professionnelle...) et surtout,  les intérêts versés aux divers créanciers.

Nous nous trouvons donc, comptablement parlant, face à la situation suivante:

  •  
  • Les ressources financières des entreprises se composent du capital et de la dette, ces deux ressources exigent rémunération  
OR
  •  
  • La rémunération du créancier est déduite de la base de calcul de l'impôt sur les sociétés
MAIS
  •  
  • La rémunération de l'actionnaire, qu'il s'agisse de la part des bénéfices réinvestis dans l'entreprise, ou des dividendes versés aux actionnaires, ne l'est pas.
DONC
  •  
  • Il devient hautement rentable d'utiliser un effet de levier pour augmenter la rémunération du capital !

Ruben D. Cohen, économiste spécialiste des questions de structure de financement de l'entreprise au sein de la banque Citigroup, analyse dans ce très court papier pédagogique l'incidence de  cette disposition. Sa conclusion est sans appel :

  •  
  • En l'absence de taxes, il n'y a aucun bénéfice en terme de création de valeur, à augmenter l'effet de levier,  
  • En présence de taxes, l'exclusion des intérêts de la base taxable des entreprises permet  de créer de tels bénéfices, dès que l'on introduit ou que l'on augmente l'effet de levier.

Selon plusieurs exemples simples calculés par R. Cohen, l'effet du "bouclier fiscal" offert aux créanciers permet d'accroître le retour sur fonds propres. L'impôt sur les sociétés est donc, tel qu'il est conçu, une subvention aux créanciers payée par les actionnaires ! De là à dire que nos impôts sur les sociétés ont été conçus comme une subvention à l'activité de crédit des banques...

Il en résulte que la fiscalité des entreprises tend à favoriser l'augmentation du ratio Dettes/Fonds propres, donc des structures de financement plus risquées. Cela rend nos entreprises plus vulnérables aux aléas conjoncturels influant sur la disponibilité et le prix du crédit.

Et aujourd'hui, alors que les banques doivent limiter leur crédit pour éponger des pertes, cette vulnérabilité peut se payer très cher en terme d'emplois.

Les impôts faussent le calcul économique, (2)

Cette perception faussée par les taxes est encore agravée par les taux pratiqués dans certains pays, au premier rang desquels la France et les USA.  Dans ces deux pays, l'impôt sur les sociétés atteint respectivement 33,3% et 38%. Certes, le calcul de la base imposable n'est pas identique, mais dans les deux cas, un tel taux renforce de façon importante la distorsion fiscale entre intérêts et capital.

En France, la taxation après sortie de l'entreprise des capitaux subit encore des distorsions importantes: si vous possédez des contrats d'assurance vie, ils sont en partie détaxés, alors que ces fonds vont en priorité se reporter sur le financement de crédit plutôt que sur l'investissement en capital, d'une part parce que l'assurance vie est un placement où l'on recherche plutôt la sécurité, d'autre part parce que les règles légales appliquées aux assurances obligent ces dernières à appliquer un ratio de 0,7 seulement aux actions qu'elles achèteraient pour composer leur portefeuille de couverture (Source, C.Bebear, "ils vont tuer le capitalisme", chiffres 2002). 

Certes, les PEA bénéficient aussi d'exonérations. Mais l'investissement dans un PEA ne concerne guère les PME, ce qui revient à dire que l'investissement dans les PME subit une forte distorsion négative de la part de l'état. 

De plus, la possession de capital vous impose à l'ISF dès que vous êtes simplement aisé. Et si vous êtes entrepreneur, vous avez intérêt à ne pas accepter de nouveaux investisseurs qui feraient passer votre part du capital de l'entreprise en dessous de 25%: votre participation est imposable à l'ISF uniquement en dessous de ce seuil !

Bref, tant la structure de nos impôts, que celle de nos niches fiscales, et les lois encadrant les investisseurs institutionnels, tendent à favoriser artificiellement les structures de bilan comportant un fort pourcentage de dettes, donc à taux de levier plus élevé, donc à risque plus fort.

Les conséquences anti-sociales de notre structure fiscale

Nous avons vu qu'une augmentation du ratio D/F augmentait le risque de défaillances d'entreprises, entraînant une hausse des taux demandés par les prêteurs, et une hausse du rendement des fonds propres demandés par les actionnaires. Cette dernière exigence est souvent dépeinte par les adversaires du marché libre comme une contrainte anti-sociale forte pesant sur les salariés.

Loin de moi l'idée de dénier aux actionnaires le droit de mettre la pression sur le managerat de l'entreprise pour augmenter l'efficacité du capital investi. Mais il va de soi que plus l'exigence de rendement est élevée, plus les managers sont contraints de rechercher rapidement les coûts les plus bas, et plus brutales sont les adaptations, ce qui met plus de gens en difficulté que des transitions plus douces. La contrainte fiscale pesant sur les entreprises pousse donc les emplois existants vers plus d'instabilité. Si l'on considère que la recherche de l'efficacité économique ne doit pas se faire en plongeant sans filet les plus malchanceux dans des torrents de difficultés dont ils peineront à se sortir, alors force est de reconnaître que la fiscalité appliquée sur les entreprises, prétendument instrument de "justice sociale", se révèle là encore socialement parlant contre-productive.

Ce serait peu grave si en contrepartie, le contexte fiscal français rendait facile et désirable la création d'emplois nouveaux venant compenser le déclin de certaines entreprises existantes, ce qui suppose que rien ne vienne freiner la prise de risque de nouveaux entrepreneurs, ou d'investisseurs prêts à leur apporter leur concours.

Malheureusement, la plupart des français qui prennent la peine de s'informer savent que cela n'est pas le cas. Tout d'abord, ceux dont les revenus seraient suffisants pour former du capital disponible pour l'investissement direct dans des entreprises, et notamment dans des entreprises naissantes, se voient taxer une part importante de leurs revenus à cause d'impositions marginales élevées: ce qu'ils peuvent investir est réduit d'autant. En outre, malgré les récentes avancées liées aux modalités du bouclier fiscal, lequel prévoit qu'une part de l'ISF puisse être déduite de l'impôt si elle est investie dans les PME, l'ISF reste un repoussoir pour de nombreuses décisions d'investissement ou d'ouverture des capitaux des entreprises. D'ailleurs, en 2007, seuls 15066 contribuables (source: contribuables associés ) sur 527 000 redevables de l'ISF ont bénéficié du bouclier fiscal, preuve du caractère très marginal de ce bouclier...

Autrement dit, notre structure fiscale actuelle accroît la pression économique sur les emplois existants et rend plus difficile la création d'emplois nouveaux. Nous faisons toujours tout à l'envers...

Que faire ?

Résumer les nécessaires changements de politique économique à des modifications de notre structure fiscale serait bien sûr abusif. Mais il n'en reste pas moins que la façon dont nous taxons le capital de nos jours en France est contre productive, en ce sens qu'elle tend à réduire la formation de capital, donc notre richesse à terme. 

En ce qui concerne les entreprises non financières, j'ai déjà par le passé esquissé ce que pourraient être les grands principes d'une réforme fiscale majeure, en France tout du moins.

L'impôt sur les sociétés représentait en 2007 environ 52 Mds€, et la taxe professionnelle 24 Mds€, soit 76 Mds au total. En contrepartie, les "aides aux entreprises" représentaient 65 Mds. Certes, ce montant additionne joyeusement des subventions et des carottes fiscales, des aides aux entreprises publiques et des aides au privé. Mais si l'on admet qu'une part raisonnable de ces aides puisse être supprimée (par exemple, la moitié) sans autre difficulté que des réactions de mécontentement de certains lobbies, alors il serait possible de changer l'équation actuelle -- 76Mds d'impôt, 65 Mds d'aides -- en environ 45 Mds d'impôts et 33 Mds d'aides, ce qui permettrait de réduire l'IS tout en supprimant cette plaie que constitue la taxe professionnelle. Naturellement, un courage politique encore plus grand pourrait encore réduire la charge sur les entreprises.

Vous me direz que c'est juste un transfert comptable, la baisse du taux d'imposition étant compensée par celle des aides. Il faut bien se rendre compte que les bénéficiaires d'aides sont rarement des entreprises petites et très petites, que le coût de la chasse aux aides divertit des ressources importantes des vraies finalités de l'entreprise, que de nombreuses aides constituent des effets d'aubaine et sont en fait improductives. Bref, à solde égal, il est nettement préférable de privilégier des impôts faibles et des aides nulles, que des impôts élevés vaguement compensés par de nombreuses carottes pour les lobbies les mieux organisés. L'impôt élevé inhibe beaucoup plus l'investissement que l'espoir d'une aide n'y incite.

En outre, ré-inclure les intérêts versés aux créanciers dans la base taxable des entreprises, ce qui élargirait fortement son assiette, permettrait de faire baisser considérablement le taux d'imposition sur les sociétés, tout en rétablissant une certaine neutralité fiscale (ou du moins, une moins grande distorsion fiscale) entre entreprises fortement capitalisées et entreprises plus endettées. Ainsi, le choix des entrepreneurs entre capital et dette se rééquilibrerait-il en faveur de plus de capital... Sous réserve que la fiscalité en aval de l'entreprise n'amène pas d'autres distorsions, telles que celles produites par l'ISF. La réintégration des intérêts dans la base taxable de l'entreprise est défendue entre autres par Robert Hall et Alvin Rabushka, les premiers défenseurs des flat tax modernes.

Pour cela, il conviendrait que tant le capital que les intérêts, taxés à la source dans l'entreprise, ne fasse l'objet d'aucune nouvelle taxation, ni d'aucune niche fiscale, en sortie. A défaut, puisqu'aujourd'hui la CSG est prélevée sur tous les flux, qu'elle reste identique quel que soit le type de placement considéré, et surtout, qu'elle n'augmente pas...

A ce prix, les entreprises pourront améliorer leur rapport entre valeur créée et risques encourus.

En ce qui concerne les banques et les assurances, la réforme doit aller bien au delà des impératifs réglementaires et fiscaux. L'intégration des intérêts versés dans la base taxable paraît ici impossible à appliquer du jour au lendemain, car avec des taux d'endettement/fonds propres absolument stratosphériques, certaines banques seraient du jour au lendemain en faillite. En outre, l'emprunt est la matière première des banques. La surtaxer paraît aussi peu pertinent que de faire payer une surtaxe caoutchouc aux fabricants de pneumatiques. Pourtant, une vaste réflexion visant à recréer un système ou les banques n'ont pas d'incitation excessive à se financer par la dette est indispensable. Comme le dit l'un des meilleurs chroniqueurs économiques du Financial Times, John Kay

Une des conséquences des accords de Bâle en matière de prescriptions en capital pour les institutions financières est que nombre de ces institutions se sont prises à croire qu'il était trop frileux de détenir plus de fonds propres que ce que réclamait les règles. Les arguments financiers pour justifier cette position étaient superficiels: les surplus de capital réduisent le retour sur investissements des actionnaires...

(...)

Les banques seraient, normalement, effrayées à l'idée de prêter à quelqu'un dont les engagements seraient 50 fois plus élevés que l'actif net, mais elles se sont joyeusement prêtées de l'argent les unes aux autres sur ces bases – Jusqu'à ce qu'elles soient contraintes d'arrêter. Si vous voulez l'explication en une phrase de la crise, c'est celle là.

(...)

En affaires, le capital est ce que vous possédez pour vous protéger vous mêmes, vos clients et vos créanciers quand cela va mal. Dans les périodes fastes, vous pouvez peut être avoir l'impression que vous en avez trop et qu'il vous coûte trop cher. Mais dans les temps difficiles, vous n'en avez jamais assez.

(...)

Il est rassurant de voir que que l'économie financière et le bon sens populaire aboutissent aux mêmes conclusions. Les banques sont au bord du gouffre parce qu'elles n'avaient pas assez de capital pour supporter leurs business models actuels. Trop de capital dans une banque, cela n'existe pas.

Les règles comptables, prudentielles  et fiscales régissant les banques doivent leur permettre de se rapprocher de la plus grande neutralité en terme de financement entre capital et  dette, et donc leur permettre de réduire les risques inhérents à la  structure de leur passif. Je n'ai pas de proposition concrète à faire ici, faute de connaissance fine des spécificités de la  fiscalité bancaire. Mais je ne doute pas que d'autres aient réfléchi à la question et envisagé des solutions élégantes à ces problèmes.

La difficile question des banques centrales

En outre, il apparait  que les incitations bancaires favorisant la ressource financière "crédit" sur la ressource "capital" proviennent également, à certains moments, de la manipulation des taux à laquelle se livrent les banques centrales, qui ont ces dernières années, au vu des bulles d'actifs qui se sont formées, eu tendance à pratiquer des taux trop faibles par rapport aux risques réels de malinvestissement, et donc de correction à la baisse des cours de l'immobilier, ou des matières premières, ou d'autres valeurs.

Pour une banque centrale aussi, un taux de base doit couvrir le risque du non remboursement des lignes de crédits ouvertes. Si le premium exigé par la banque centrale est trop faible et ne reflète pas le risque réel qu'elle prend en ouvrant du crédit aux banques, alors elle fausse toute la perception des risques associés au crédit de l'ensemble de la chaîne des institutions financières. Mais, bien que cette hypothèse apparaisse raisonnable et soit exprimée par d'autres, je n'en ai pas trouvé de confirmation solidement étayée empiriquement.

Pour l'ensemble de ces raisons, les évolutions du système bancaire ne pourront pas n'être que fiscales. Mais il ne serait pas inutile de commencer par là, quelles que soient les autres évolutions envisageables du système monétaire international.

Le gouvernement à contresens

En poussant les banques à assouplir les conditions du crédit, par la voie de menaces inqualifiables, et sans la moindre considération pour les risques de marché actuels, le président de la république pousse à la fois les banques (qui doivent prélever un taux d'intérêt conforme au risque réellement encouru) et les entreprises à fragiliser leurs structures financières alors que la politique devrait plutôt chercher les moyens de leur permettre de se consolider --sans intervention du contribuable, donc sans recours à un "fonds souverain"-- pour leur redonner les moyens de leur développement.

En outre, il faudra bien que tôt ou tard, nos dirigeants se penchent sur les freins à l'injection de capital dans de nouvelles entreprises: taux marginaux d'imposition trop élevés obérant la formation de capital, désincitations à la prise de risques et à la croissance capitalistique via l'ISF, etc...

Notons d'ailleurs que si, à court terme, des mesures favorisant le recours au capital par les entreprises sont susceptibles de réduire la demande de crédit, à plus long terme, elles seront favorables à l'activité bancaire: avec plus de capital, en période faste, le recours à l'emprunt n'est que plus aisé.

Soutenir artificiellement le crédit ne fera que retarder la chute d'entreprises de toute façon trop faibles en trésorerie par rapport à leur niveau d'endettement. Autant admettre la crise à venir comme un fait acquis et donner à notre économie la chance de bâtir une croissance plus saine, fondée à la fois sur les entreprises qui auront résisté à la tourmente actuelle et sur de nouvelles entreprises qui amèneront des innovations profitables à tous, grâce à des politiques fiscales favorisant une saine accumulation de capital, seule vraie source d'enrichissement durable de l'ensemble de la société.

[Objectif Liberté]


15:41 Publié dans A la Une, Libéralisme et économie, Opinion(s) | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : bayrou, modem, capitalisme, crise, finance | | |  Facebook |

16/11/2008

Crise : premières victoires intellectuelles des libéraux

Ce n'est pas pour me vanter, mais tout de même, beaucoup de sang neuf semble avoir irrigué le débat d'idées autour de la crise depuis ma première tribune sur la crise dans le Figaro...

Ce qui passait pour un point de vue totalement iconoclaste au début de la crise, "Ce n'est pas une crise du marché, mais une crise de l'interventionnisme excessif des états sur les marchés", commence à trouver un certain écho, au sein de ce que j'appellerai "la gauche moderne", celle qui admet la supériorité de l'économie de marché sur l'économie administrée pour produire des richesses, et qui ne se différencie des libéraux que sur l'importance des mécanismes redistributifs à mettre en place. [...]

On aurait pu croire que la crise actuelle allait les forcer à se faire tous petits et recentrer la gauche sur les "valeurs" paléo-marxistes d'un Benoît Hamon ou du porte parole officiel d'Hugo Chavez en France. A mon agréable surprise, il semble qu'il n'en soit pas ainsi.

P868632D730447G_apx_470__w_ouestfrance_.jpgDans les Echos, sous la plume de Jacques Delpla, il est rappelé que, selon Dominique Strauss Kahn,

La crise actuelle est une énorme faillite des régulateurs bancaires, selon DSK. l'effondrement financier actuel n'est pas né là où on l'attendait, dans les secteurs non régulés de la finance. Mais au sein des banques, le secteur le plus régulé de l'économie.

Si le directeur du FMI  le dit... mais il y a mieux.

logo_site.pngDans Le Monde de mercredi, un club de réflexions de gauche, qui se dénomme lui même "les Gracques", regroupant de nombreuses célébrités du PS, et qui veut, selon ses propres termes, "changer le logiciel de la gauche", signe une tribune qui reprend en grande partie les éléments de diagnostic que je diffusais dès le mois d'Août, en toute immodestie. Extrait des Gracques (passages en gras soulignés par moi):

Ce qui s'est produit ne se prête pas à une analyse idéologique univoque. Gardons-nous donc des vieilles antiennes de l'économie administrée. Ce n'est pas la fin du capitalisme, ce n'est pas la remise en cause de l'économie de marché. Ce n'est même pas seulement une crise de la dérégulation. Elle n'est née ni des hedge funds (fonds spéculatifs), ni des paradis fiscaux, mais aux Etats-Unis et sur un segment de marché assez régulé, les crédits hypothécaires. Elle a, dans l'histoire des crises financières, la caractéristique unique de venir de ce que les banques ont trop prêté... aux pauvres. Le dérèglement ne vient pas seulement de la dérégulation, mais aussi d'une mauvaise régulation, doublée d'une passivité des autorités face aux contournements de la loi.

Mauvaise régulation que celle qui forçait les banques américaines à prêter aux communautés les plus défavorisées, et qui leur permettait ensuite de socialiser ce risque auprès d'agences privées sous-capitalisées - donc très rentables aux heures fastes - et bénéficiant de la garantie de l'Etat. Pile l'actionnaire gagne, face l'Etat perd. Mauvaise dérégulation que celle qui permettait de replacer ces prêts auprès de la clientèle dans des produits endettés et assurés par des assureurs sans capital.

Certes, les gracques omettent "prudemment" de préciser que les "agences privées sous capitalisées bénéficiant de la garantie de l'état" dont ils parlent, à savoir Fannie Mae et Freddie Mac, bénéficiaient non seulement d'une garantie, mais aussi de subventions importantes par voie fiscale, qu'elles étaient dispensées de la même rigueur que les établissement vraiment privés dans la transparence de leurs comptes, et qu'elles se sont livrées à une surenchère de lobbying politique pour conserver leurs avantages dans les années 2003-2007, alors que leur direction, ouvertement soutenue par le parti démocrate, était engluée dans des scandales comptables portant sur des milliards de dollars. En contrepartie, elles étaient soumises à des objectifs politiques très stricts en terme de rachat de prêts à des familles à faibles revenus.

Bref, si le droit français leur était appliqué, quand bien même Fannie et Freddie étaient de statut privé, l'état eut été considéré comme "gérant de fait". Les Gracques se seraient encore grandis en l'admettant. Mais laissons ce pinaillage de côté, et continuons la lecture de la tribune des "Gracques":

Les années 2000 n'ont pas vu seulement le développement des entreprises sans usine. Elles ont aussi inventé les banques sans bilan.

La encore, l'état n'est pas exempt de reproche. Les fiscalités appliquées dans la plupart des pays favorisent largement le financement des actifs par le crédit sur la formation de capital, et le secteur bancaire ne fait pas exception -- J'y reviendrai dans un article un peu complexe à paraître mardi--. Mais il est également vrai que les génies des mathématiques qui ont pris le pouvoir dans les départements de gestion d'actifs des géants financiers se sont pris les pieds dans le tapis de leurs modèles trop sophistiqués.

Les gracques admettent d'ailleurs de façon détournée le rôle de cette fiscalité perverse en faveur du crédit:

En d'autres termes, il s'agit non seulement de limiter les risques de marché que prennent les banques, en leur associant des exigences considérablement accrues de fonds propres, mais aussi de limiter leur levier d'endettement et leurs risques de liquidité, et d'en faire autant pour tous ceux qui en jouent le rôle par l'effet de l'innovation financière : hedge funds, ce qui nécessite un minimum de régulation dans les places offshore ; fonds de LBO, dont les Etats devraient limiter la déductibilité des intérêts ;

Donc, en favorisant la déductibilité des intérêts au détriment du capital, les gracques admettent implicitement que les états ont joué un rôle majeur dans l'émergence de modèles hyper-leveragés.

Il y a une même origine de fond aux bulles successives sur les pays émergents, les valeurs technologiques, les créances hypothécaires, les matières premières ; c'est l'irresponsabilité d'une politique monétaire trop accommodante qui a maintenu pendant des années les taux d'intérêt réels en deçà des taux de croissance soutenables. La politique de la Réserve fédérale en est responsable, et complices ceux qui agonisaient la Banque centrale européenne (BCE) de ne pas suivre son exemple. L'argent facile n'a servi qu'à accroître provisoirement la valeur des actifs, à encourager l'endettement et à provoquer des bulles, car il faut bien que les liquidités en excès s'investissent quelque part.

C'est beau comme un texte de Pascal Salin, lequel écrivait dès le 1er octobre dans "les Echos":

La cause essentielle de cette crise provient en effet de l'extraordinaire variabilité de la politique monétaire américaine au cours des années récentes. Or celle-ci est bien évidemment décidée par des autorités publiques et non déterminée par le marché. C'est ainsi que la Fed est passée d'un taux d'intérêt de 6,5 % en 2000 à un taux de 1 % en 2003. Il y eut ensuite une lente remontée à partir de 2004 jusqu'à atteindre 4,5 % en 2006. Pendant toute la période de bas taux d'intérêt et de crédit facile, le monde a été submergé de liquidités.

Vous l'avez compris: il se dégage un consensus entre libéraux et "gauche intelligente" -- c'est à dire celle qui sait qu'elle devra prendre des décisions basées sur la réalité des faits si elle se retrouve au pouvoir...--- sur les causes de la crise.

Et j'ai la faiblesse de croire que l'antériorité de nos analyses à contre-courant n'y est pas étrangère ! mais le plus révélateur est à venir. Toujours selon les Gracques, en page 2:

Ce qui peut provoquer la prochaine crise globale, c'est le risque que les Etats, soucieux de "relancer la machine", fassent déraper leur dette. Aujourd'hui, les liquidités affolées se réfugient dans les emprunts d'Etat. Cela ne durera pas toujours ; ne les laissons pas créer une nouvelle bulle sur les emprunts d'Etat, après les quatre précédentes ! La crise bancaire doit au contraire servir de signal d'alerte. A cette occasion, on s'aperçoit que les Etats sont petits par rapport aux masses de capitaux en circulation. Le total de bilan de chaque grande banque représente à peu près une fois le PIB de son Etat d'origine. L'Islande a fait faillite. L'Irlande a garanti tous les passifs bancaires pour deux fois son PIB. Le jour où une agence de notation décidera de dégrader la notation de la dette d'un Etat du G10, celui-ci ne pourra plus lever de la dette pour financer son déficit. Il devra vendre ses actifs à la casse et licencier ses fonctionnaires.

Déjà au lendemain des crises bancaires, on commence à voir à l'intérieur même de l'Union, une différentiation des "spreads"(différences entre les taux) entre Etats, et même un marché des CDS souverains, c'est-à-dire un marché de l'assurance contre les faillites d'Etat. Les Etats aussi font faillite...

On dirait du Ob'Lib' de la meilleure veine, tiens. Des socialistes de haut niveau qui critiquent la politique de sur-interventions dans la crise conduite par les états, et l'excès de relance par la dette ! Si ce n'est pas une victoire intellectuelle des libéraux, ça ?

Nous n'avons pas encore totalement gagné, certes. Au niveau des solutions, les Gracques, après avoir reconnu que la régulation avait échoué, que les régulateurs étaient défaillants, et que la loi qui prétend tout prévoir a été contournée, sont à côté de la plaque lorsqu'ils affirment que l'avenir se situe dans... plus de régulations. Il va de soi que les mécanismes régulateurs doivent être repensés non pas dans leur volume ou par ajustement paramétrique des normes Bâle II et assimilées, mais dans leur essence même, dans leur philosophie.   

Il est donc plus que temps que la blogosphère libérale travaille la question en profondeur pour leur donner aux Gracques les idées qui leur font encore défaut.

Allez, au boulot !

[Objectif Liberté]

15/11/2008

Non, les libéraux ne se cachent pas sous la table !

J’ai déjà dit ici-même l’admiration et l’amitié que j’éprouve pour Jacques Julliard. Sa chronique est toujours le premier article sur lequel je me précipite dans le Nouvel Obs. Pourtant, son éditorial du 25 septembre, "Mais où sont passés les libéraux ?" m’avait quelque peu agacé. Et le fait que son hebdo en remette une couche sous le même titre , cette semaine, m’énerve franchement. "Il ne fait pas bon, par les temps qui courent, célébrer les vertus de l’économie de marché et la liberté d’entreprise. […] Que disent ces défenseurs de toujours ? Rien, […] les vrais, les jusque-boutistes, les idéologues. Où sont-ils passés ? Sous la table. Aux abonnés absents, en attendant des jours meilleurs", écrit ainsi Carol Barjon. Et à l’appui de sa thèse, la journaliste de L’Obs produit une interview d’Alain Madelin, présenté comme une sorte de dernier des Mohicans, pathétique survivant d’une vague aujourd’hui échouée, qui "n’en démord pas", malgré l’évidence des faits. Or, il est parfaitement erroné que les "libéraux" "se cachent sous la table". Toute la presse économique publie leurs analyses. Leurs articles foisonnent sur les blogs des think tanks qu’ils animent. Il suffirait d’avoir la curiosité de les lire. Et éventuellement l’ouverture d’esprit suffisante pour en rendre compte. En outre, ce que disent ces économistes libéraux est au moins aussi intéressant pour comprendre la crise financière et tenter de la juguler que le choeur des pleureuses de la "crise finale du capitalisme" - qui seront déçus dans leur attente, une fois encore, une fois de plus depuis cent-cinquante ans…. Mais il est d’usage, dans les médias, de se contenter de caricaturer les positions qu’on ne comprend pas, à partir de partis-pris idéologiques simplistes. Aussi, le "libéralisme" y est-il ordinairement pris dans un sens étrange, sans réel rapport avec ce qu’il proclame, mais censé conforter les idées toutes faites des lecteurs français. Or, la pensée économique contemporaine est clivée selon des lignes de fracture autrement plus compexes et intéressantes que celle qui opposerait "libéraux" (assimilés à des espèces d’anarchistes, ennemis acharnés de toute régulation, décidés à interdire aux Etats toute forme d’intervention dans l’économie, comme à appauvrir les salariés tout en enrichissant les riches) et "étatistes" (dans les versions keynésienne ou marxiste).

On voit bien que, dans le contexte actuel de crise financière mondiale, accuser les "libéraux" de "se cacher" va dans le sens désiré par la pensée médiatiquement dominante - dirigiste et statolâtre : c’est "le libéralisme" qui est responsable de la crise. Et les "libéraux", rouges de honte, "se cacheraient. C’est un scénario séduisant - même aux Echos, il trouve des défenseurs (Favilla : la "bulle idéologique" de "l’ultra-libéralisme" vient d’éclater, le 7 octobre). Sauf qu’encore une fois, il est matériellement inexact. Et surtout qu’il empêche de percevoir et la nature de la crise et les problèmes que soulèvent son règlement en cours, au niveau européen.

Commençons par le pape national du libéralisme économique, Pascal Salin. Non, il ne s’est pas exilé à Cuba, ou même en Corée du Nord, rongé par la culpabilité. Il signe sans apparente vergogne une tribune dans Les Echos du 1° octobre. Et que dit-il, Pascal Salin ? Que loin d’incriminer la "myopie des marchés financiers" et la "soif de profits à court terme", il faut chercher les vrais responsables de la crise actuelle à la Fed. Ce sont, en effet, les autorités publiques américaines qui ont joué au yo-yo avec les taux d’intérêt, les faisant s’effondrer, entre 2000 et 2003, époque où ils sont passés de 6,5 % à 1 %. Au mépris des intérêts des autres, européens en tête, puisque cela a abouti à une sur-évaluation de l’euro, qui gêne nos exportations.

 C’est une analyse qui me semble crédible, dans la mesure où elle a été fort bien développée et argumentée par Jacques Mistral (dans le Rapport Ramses 2009 de l’IFRI et dans sa contribution à l’ouvrage collectif, "La crise financière", paru aux PUF sous la direction de Patrick Artus). Selon Mistral, la crise actuelle est largement l’effet de la trop grande habileté de Alan Greenspan. Le patron de la Fed aurait trop bien appliqué une politique keynésienne de manière à éviter aux Etats-Unis les phases classiquement descendantes des récents cycles économiques. Sa politique systématiquement et outrageusement contra-cyclique de relance de l’activité par le soutien à la demande aurait ainsi accumulé les tensions qui auraient dû se résorber spontanément. D’où sa question, très "libérale", j’en conviens : "régulariser le cycle, est-ce possible ? Est-ce bénéfique ?" "Au total, on n’avait jamais vu l’application, avec une pareille ampleur de mesures d’inspiration keynésienne puisque, pour relancer l’activité, ce sont 15,5 % de points de PNB qui ont été injectés ex-ante dans l’économie (américaine)". Mais "la stimulation artificielle de la demande, même maquillée sous un habillage idéologique libéral, des couleurs éclatantes de l’innovation financière, n’est pas suffisant pour éliminer la phase descendante du cycle ; tout au plus repousse-t-il le calendrier - mais au prix de déséquilibres accrus dont l’histoire montre qu’ils peuvent être longs à se résorber." (J. Mistral) Et Mistral de critiquer "l’injection répétée de liquidités abondantes" par la Fed, "célébrées, dans certains quartiers parisiens comme l’illustration d’un volontarisme oublié sur le vieux continent". On reconnaît là en effet la thèse Guaino, qui est aussi celle de l’OFCE - et qui a le soutien de l’Elysée : il faut cesser d’avoir peur de l’inflation et des déficits publics et rendre le crédit bon marché. Les "gnomes de Bruxelles" sont les responsables de notre manque de croissance - mais on oublie de souligner que sans eux et sans l’euro, sur lequel ils veillent, la France aurait vraisemblablement connu trois ou quatre dévaluations…

Submergées d’argent bon marché, les banques ont ainsi été conduites à prêter à leur tour à des conditions extravagantes, sans avoir à tenir compte de la capacité des emprunteurs à rembourser. Pascal Salin ne fait qu’une allusion à la situation paradoxale des deux agences américaines de refinancement des crédits immobiliers, Fannie Mae et Freddie Mac. Mais une tribune publiée par Vincent Bénard, président de l’Institut Hayek ("ultra-libéral" pour de vrai, lui) dans Le Figaro du 16 septembre, démontrait de manière plus explicite le caractère ambigu de ces deux institutions. Elles ont été créées toutes les deux par l’Etat fédéral, qui les a ensuite privatisées, tout en leur confiant une mission d’aide à l’accession à la propriété des ménages appartenant aux minorités et aux catégories les plus pauvres. De ce fait, "bien qu’étant officiellement privés, les deux établissements ont toujours été considérés, du fait de leur rôle social, comme bénéficiant d’une garantie implicite du Trésor américain." Comme on est loin des "requins", "spéculant sur la naïveté des ménages pauvres", régulièrement brossés par nos journaux… Je rappelle que l’origine précise de la crise, c’est la baisse des prix de l’immobilier américain, commencée dés 2006, qui a provoqué dés cette année-là, une forte montée du taux de défaut des crédits subprime.

Le lendemain, jeudi 2 octobre, toujours dans Les Echos, le brillant duo de jeunes économistes Augustin Landier et David Thesmar signaient un éditorial intitulé "Vive la finance !" Eux non plus ne se sont pas soudain convertis au marxisme-léninisme, semble-t-il. Les auteurs d’un livre à recommander "Le grand méchant marché, décryptage d’un fantasme français" (Flammarion) font l’éloge de la finance et se moquent du tropisme français à considérer la finance comme un secteur "virtuel", alors que l’industrie, ça, ça serait du "réel". Ils font porter la responsabilité de la crise actuelle non sur les acteurs du monde de la finance, mais sur les autorités de régulation. Et ils font des suggestions concrètes pour améliorer cette régulation.

Nicolas Baverez est la bête noire des anti-libéraux. Mais à la lecture de son nouveau livre, "En route vers l’inconnu" (Perrin), un recueil de ses éditoriaux parus dans Le Point, Les Echos et Le Monde, qui sort dans trois jours, on constate que ce grand-méchant-libéral avait vu juste bien avant nombre de ses confrères. Il y a plus d’un an (Le Point du 27/9/07), il diagnostiquait que la crise n’était pas locale, mais "systémique", qu’elle serait "durable" et surtout qu’elle menaçait "à tout moment" de "déraper en faillites bancaires en chaîne". Il prévenait, dés cette époque, que les Européens avaient tort de se croire à l’abri et qu’ils seraient touchés à leur tour. Tous les pas-libéraux qui ont signé des éditoriaux, à l’époque, sur "la fin de la crise" devraient, eux, rougir de honte. Dans les semaines et les mois suivants, Baverez ne cessait de répéter que l’ampleur de la crise était telle que la capacité des banques centrales était déjà prise en défaut et que la crise ne pouvait plus être maîtrisée sans "une action coordonnée des pays développés". Depuis cette époque, l’inondation des marchés financiers par des liquidités toujours plus abondantes - et qui, à mon avis, risquent d’entraîner la création de nouvelles "bulles" - n’a, semble-t-il pas suffi à éteindre l’incendie. Qui avait raison ? Et Baverez pointait, dés le 19 avril, le problème qui est en train de nous éclater à la figure : "l’UE, reste incapable de contrer un choc économique faute d’une coordination minimale des politiques économiques nationales". Tout au long de ses articles, il martelait son message : les taux d’intérêt de la BCE, trop élevés, sont "suicidaires". Point de vue qui est, on le sait, partagé à l’Elysée et avec lequel je suis personnellement en désaccord. Pour moi, c’est la Fed qui a eu tort de baisser outrageusement ses taux, provoquant les bulles et demain l’inflation, et non pas la BCE. Bref, un discours pas si éloigné que ça de la "tendance Fitoussi"… Alors, où sont les "libéraux" déchaînés ?

Mettre en cause "l’appât du gain", "la loi du profit", "le capitalisme financier de spéculation et de prédation préjudiciable à la société" (Dominique Plihon, président du conseil scientifique d’Attac) ou même "le court-termisme des spéculateurs" n’a pas plus de vertu élucidante que d’expliquer la guerre de 14 par la "méchanceté du monde et la cruauté des hommes". Mais là où j’aurais aimé entendre nos anti-libéraux, c’est sur la question de fond, celle qui a une portée morale : faut-il que les Etats, représentant les intérêts des nations, surchargent d’impôts leurs contribuables pour courir au secours de gens qui ont pris des risques inconsidérés ? Est-ce bien à la collectivité de régler les dettes de quelques riches spéculateurs ? L’argument bien connu "quand il y a le feu à la maison du voisin, on ne se demande pas s’il l’y a mis lui-même, on accourt avec ses seaux d’eau" me paraît convaincant, mais un peu court néanmoins. Car la garantie d’un solide filet étatique de protection risque d’encourager les cinglés de la finance à rééditer, demain, leurs exploits. C’était bien le sens de l’abandon, par l’Etat fédéral, de la banque Lehman Brothers. Pas question de sauver tout le monde. Or, la garantie offerte par certains Etats européens à leurs banques va dans le sens de cette déresponsabilisation. Mais surtout, elle va créer des concurrences déloyales entre Européens. Déjà, les épargants anglais se pressent vers les banques irlandaises présentes en Grande-Bretagne. Comme on sait, les principales questions que pose la crise actuelle à l’Europe, c’est celle de l’incohérence des politiques budgétaire et financière au sein même d’une zone vivant avec la même monnaie. Voilà les sujets sur lesquels j’attendais nos penseurs anti-libéraux. Mais le refrain sur la "crise finale du capitalisme" - qu’on retrouve jusque dans la vénérable revue centriste Le Débat (Paul Jorion), m’horripile parce qu’il ne m’apprend rien.

Observons en outre que si le capitalisme connaît des crises systémiques, c’est également le cas de la démocratie. Cela suffit-il à les condamner l’un et l’autre ? Ceux qui connaissent l’histoire économique des pays passés sous la coupe soviétique savent que le "socialisme réel" et l’économie centralisée, planifiée et étatisée connaissaient, eux aussi, de très graves crises d’approvisionnement, des pénuries, une inflation chronique provoquant des hausses de prix soudaines et extravagantes, et même des famines épouvantables - qui n’étaient pas toutes artificiellement provoquées pour exterminer les populations, comme celle qui ruina l’Ukraine et y causa 5 millions de morts de faim au début des années 30. Comme les individus, toute institution qui vit connaît des crises. Les crises sont l’occasion de nouveaux ajustements, de corrections de trajectoire. Souhaitons que celle-ci ait également ces effets.

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05:48 Publié dans A la Une, Libéralisme et économie, Opinion(s) | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bayrou, modem, liberaux, crise | | |  Facebook |

14/11/2008

Le droit au crédit opposable

Il semblerait que le gouvernement se dirige vers la promulgation d'une innovation sociale majeure, que le monde entier ne manquera pas de ne pas nous envier: le droit  au crédit opposable. J'exagère ? A peine.

En effet, quelle ne fut pas ma consternation lundi dernier, en entendant sur l'antenne de BFM  le porte parole de l'UMP, je devrais dire le porte-flingues, le député Frédéric Lefebvre, réitérer sous une forme on ne peut plus directe les menaces du gouvernement aux banques: "si vous ne prêtez pas aux entreprises, nous entrerons de force dans votre capital". Et l'expert comptable René Ricol, nommé "médiateur du crédit" par le président de la république, de prévenir qu'il dénoncera sans pitié les "mauvaises" banques au gouvernement. C'est sans doute ce que l'on appelle une "médiation" aujourd'hui. Il aurait reçu jusqu'à 4000 plaintes d'entreprises dont le crédit aurait été refusé, en quelques jours ! Les déclarations tapageuses du président Sarkozy il y a une semaine ont assurément aiguisé les appétits. Pour ceux qui pensaient que ces déclarations étaient faites pour épater la galerie, MM. Lefebvre et Ricol viennent de faire comprendre qu'il n'en était rien: les menaces vis à vis des banques sont réelles.

Un inadmissible chantage

Il s'agit d'un chantage pur et simple: une telle dénonciation, pour peu qu'elle soit rendue publique, annonçant une entrée future de l'état au capital en période économiquement troublée, ne peut que dégrader le cours de l'établissement touché par la disgrâce, rendant moins couteuse l'entrée au capital de l'état. Autrement dit, les banques font face à un problème cornélien: obtempérer et prêter à des entreprises à haut risque compte-tenu des conditions actuelles de marché, ou résister, et risquer une spoliation des actionnaires par l'état prédateur à l'affut, tout en accueillant au conseil d'administration un membre peu connu pour sa saine gestion antérieure du monde bancaire, quand bien même le secteur privé ne s'est guère montré plus inspiré ces derniers temps.

La "justification" des politiciens est la suivante: "quand les choses allaient bien, vous n'étiez pas là pour prêter aux entreprises, messieurs les banquiers, vous préfériez investir dans des produits de titrisation ! Alors prêtez maintenant, ou l'état vous obligera d'une façon ou d'une autre à le faire."

Quelles que soient les bêtises faites par les banques dans un passé récent, elles ont été faites, et se traduisent par une diminution de leurs fonds propres. Les banques ont en effet du passer par pertes et profits un certain nombre de placement désormais "toxiques" (des obligations émises par des fonds de crédits subprimes, entre autres). Elles ont donc du déprécier de nombreux actifs (*).

Par conséquent, leur Leverage Ratio (total du bilan / fonds propres) a bondi, les forçant à une réduction d'urgence du total de leurs engagements au bilan, sous peine d'être mises en grande difficulté par la tourmente économique qui s'annonce. Le premier devoir d'une entreprise est de survivre, oublier ce principe de prudence élémentaire est s'exposer à de graves ennuis, comme la crise américaine l'a montré.

En outre, les dirigeants de certaines banques semblent anticiper de nouvelles dépréciations d'actifs pour la fin de l'année, lors de la clôture des comptes annuels (*). Ils ont donc peu de temps pour assainir leur situation.

Le problème des banques, aujourd'hui, est donc de reconstituer graduellement un niveau de fonds propres correct sans arrêter de prêter, car cela les fait vivre. Elles doivent par conséquent très finement calculer comment réduire petit à petit le niveau de leurs crédits ouverts, en tenant compte du contexte plus risqué d'une économie en période troublée: augmenter les taux consentis aux emprunteurs les moins solvables, et augmenter leurs marges de sécurité. Ce qui signifie exclure du crédit les moins bons dossiers.

De fait, elles continuent de prêter, mais elles exigent des dossiers plus solides. Selon une enquête de la banque de France, 77 % des banques affirment avoir resserré leurs critères d'octroi. Nul doute que les 4000 plaintes déjà reçues par René Ricol pour "refus de prêt" n'entrent pas dans cette catégorie.

Emprunter au delà du raisonnable rend fragile !

D'ailleurs, favoriser une offre artificiellement gonflée de crédits à risques aux PME les moins solides ne serait pas leur rendre service.

Les entreprises françaises, et notamment les PME, sont déjà parmi les moins capitalisées du monde occidental. Ce tableau tiré du dernier rapport du CAE (PDF) sur le financement des PME le confirme :

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A noter la prééminence des dettes de court terme
(essentiellement vis à vis des fournisseurs)
en France.

Les PME françaises ont le total Fonds Propres + Provisions le plus faible des pays considérés (**).

(nb: une provision pour risque est une dotation de couverture des risques d'exploitation, et notamment sur les créances pour lesquelles une difficulté de recouvrement est anticipée. Elle retourne dans les comptes comme profit, et donc, au moins partiellement, comme fond propre, si le risque couvert par la provision ne se matérialise pas. Les normes comptables allemandes permettent de provisionner une large part des créances liées aux délais de paiement accordés aux clients, ce qui abaisse l'assiette de calcul de l'impôt sur les sociétés... La comparaison doit donc bien porter sur la somme des CP et provisions pour évaluer les ressources propres des entreprises)

En choisissant de mettre la pression sur les banquiers pour qu'ils accroissent artificiellement l'encours de crédit aux entreprises les plus fragiles, le gouvernement montre qu'il n'a pas compris le problème des PME françaises: une insuffisance de capitaux propres au bilan, qui obère leur croissance.

En effet, le même rapport du CAE note que du fait de l'importance des dettes de court terme des PME, en clair, de leurs crédits fournisseurs, les PME doivent maintenir des niveaux de trésorerie élevés pour faire face à des imprévus, et ne peuvent donc pas investir autant qu'elles le voudraient pour leur développement.

Comme je l'ai dit à maintes reprises, ce n'est pas le crédit qu'il faut, au choix, forcer ou subventionner. De telles politiques ne feront que reproduire des mécanismes qui ressemblent à ceux ont engendré la crise des subprimes au sein des banques américaines. Et au vu de leurs niveaux de fonds propres actuels, les banques ne peuvent surtout pas se permettre d'augmenter le risque des défaillances d'entreprises à qui elles prêtent. Elles n'ont donc pas d'autre choix économiquement rationnel que de se montrer plus sélectives dans l'octroi des prêts.

Les oukases du gouvernement pour forcer les banques à abaisser leurs standards d'octroi de crédit ne sont pas seulement dangereuses, elles relèvent, n'ayons pas peur de le dire, d'une criminelle incompétence dans le contexte que nous vivons. Espérons seulement que les banques trouveront le moyen d'y résister.

La seule voie qui sortira l'économie de l'ornière est de favoriser la formation de fonds propres, soit au sein des entreprises, soit par création d'un contexte favorisant la montée d'investisseurs de proximité au capital. Et dans ce domaine, la fiscalité française cumule les handicaps.

Permettre aux entreprises d'augmenter leurs fonds propres leur permettra, dans un deuxième temps, un meilleur accès au marché du crédit, et ce sans que le gouvernement n'ait à s'en mêler: une banque prête d'autant plus facilement et moins cher qu'une entreprise est bien capitalisée.

Nous devons évoluer d'une économie de l'emprunt vers une économie qui pousse à la formation de capital.

Comment faire ? J'y reviendrai en détail très prochainement.

------

(*) Les trimestriels publiés par la BNP et la SG se caractérisent par un évident manque de transparence: n'y sont publiés que le compte de résultats, pas le bilan à date de présentation (voir par exemple le PDF de la BNP). On en est réduit à des hypothèses sur leurs fonds propres, en espérant qu'il n'y a pas de cadavre trop décomposé dans le placard. Pas très rassurant...

Accessoirement, plusieurs de mes lecteurs m'ont écrit pour remettre en cause, avec d'excellents arguments, mon analyse des conséquences du "mark to market" ou "fair value accounting". Le problème de la façon dont les comptes des banques françaises sont présentés est en plein dans le sujet. J'en reparlerai dans les semaines qui viennent : les arguments en faveur du MTM sont en effet plus forts que je ne le croyais au départ, et il ne serait pas judicieux de ma part d'éviter la controverse.

[Objectif Liberté]

05:10 Publié dans A la Une, Libéralisme et économie, Opinion(s) | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bayrou, modem, mediateur, credit | | |  Facebook |

06/11/2008

Crise du capitalisme... ou de l'interventionnisme ?

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